Quand on demandait à Lemmy dans les années 90, quelles groupes trouvaient grâce à ses oreilles, ce dernier répondait malicieusement « les trois à encore faire du Rock N’ Roll : les Rolling Stone,
AC/DC et
Motörhead ».
Si on pardonnera au vu de son statut culte les excès narcissiques du monstre Kilmister, on ne pourra qu'être d'accord avec lui pour ce qui concerne le groupe australien. 35 après ses premiers essais discographiques, force est de constater qu’
AC/DC est un groupe qui a su - malgré le temps qui passe, les passages à vide, les tragédies, le succès et les excès qui vont avec - garder toute sa fraicheur et son impact auprès d’un public bigarré qui voit se côtoyer les grand-pères en Harley et les amateurs plus jeunes de décibels de bon goût.
Angus Young a beau avoir dépassé les 55 ans, perdu quelques cheveux, le voir déambuler sur scène SG à la main reste encore en 2010 un moment jubilatoire.
Pièce maitresse de la discographie des australiens au même titre qu’
Highway to Hell ou
Back In Black, ce
Let There Be Rock sorti en 1977 fut le premier gros succès commercial d’
AC/DC en terres européennes. Si on peut déplorer la censure du morceau « Crapsody In Blue » réservé à la seule version australienne remplacé dans nos contrées par un « Problem Child » déjà paru sur leur opus précédent,
Let There Be Rock c’est 8 morceaux d’anthologie, une grand baffe dans la gueule et 40 minutes de pur Rock N’ Roll : quatre accords grand maximum, des guitares branchées en direct dans de vieux amplis à lampe, un groove de furieux garanti sans chichis ni techniques instrumentales tape à l’œil. De l’énergie. Et de la rage. Beaucoup de rage.
Car ce qui différencie
Let There Be Rock de ces deux prédécesseurs
High Voltage et
Dirty Deeds Done Dirt Cheep, c’est l’absence de titre nonchalant et léger dans la veine d'un « Big Balls » et un son plus distordu et crade que la production de George Young a su mettre en valeur. Les frères Young voulaient un album plus électrique, avec « pleins de guitares » : ils y sont arrivés. La légende qui entoure l’enregistrement de cet album veut que l’ampli d’
Angus Young ait pris feu lors de l’enregistrement de « Whole Lotta Rosie », prise que l'ingénieur du son aurait gardé dans le mix final. Incendie audible par les fans les plus acharnés manifestement pourvus d’une paire d’oreilles subsoniques. Électrique, on vous disait…..
Cette relative radicalisation de la musique d’
AC/DC se retrouve dans l’approche de certains solos d’Angus. Les plages instrumentales de «
Dog Eat Dog », «
Let There Be Rock », les petites notes bien placées en réponse à la gouaille du regretté Bon Scott sur « Go
Down » se rapprochent plus du gimmick que du déluge de notes, rendant les interventions du guitariste en culotte courte bien plus sauvages et efficaces.
Frôlant les 33 ans d’âge,
Let There Be Rock est un monument de la musique amplifiée que tout amateur « sérieux » se doit d’avoir dans sa discothèque. Si «
Hell Ain't A Bad Place To Be » et « Whole Lotta Rosie » font encore partie du répertoire du groupe, c’est qu’il y a une raison.
On ne saurait faire la chronique de cet album sans parler de son titre éponyme, l’un des plus grands morceaux d’
AC/DC : «
Let There Be Rock ». De part ses riffs pêchus, ce titre culte est un cas un peu à part dans les titres d’
AC/DC. C’est en effet le premier de leur répertoire à dégager une énergie aussi « Heavy ». Ses longues plages de basse batterie, la voix féline de Bon Scott braillant la genèse du Rock N’ Roll, les interventions d’
Angus Young et un final apocalyptique grave à jamais la musique d’
AC/DC dans les annales de la musique. Et malgré le temps qui passe, ce classique a gardé toute sa magie et conservé tout son aura.
Arrêtons nous un instant sur la prestation vocale de Bon Scott. Si
AC/DC a su lui trouver un digne remplaçant en la personne d’un Brian Johnson qui a su s’imposer avec brio au sein du groupe, il est tout de même difficile de ne pas avoir un petit pincement au cœur à l’écoute des morceaux de cet album. Toujours juste, animal et puissant, Bon Scott restera à jamais un leader et un chanteur d’exception.
Le panthéon du rock est constellé de monstres sacrés disparus trop tôt. Parmi toutes ses étoiles, Bon Scott brille de mille feux et l'on se dit que l’écossais tatoué peut être fier de ses petits camarades qui auront su jusqu’à aujourd’hui faire vivre et nourrir la musique intemporelle d'un des derniers grands monstres de la planète Rock encore en activité.