Comment ne pas regretter qu'une œuvre aussi aboutie que ce Powerage ne puisse revêtir d'autres habits que cette imbécile indifférence dont il est depuis des temps immémoriaux affublé? Comment ne pas enrager devant ces puristes qui nourris à l'excellence australienne d'un
AC/DC triomphant ne peuvent se satisfaire d'une efficacité certes mois parfaites mais toujours suffisamment bonnes pour en jouir pleinement? Alors que pourtant venant d'autres ces mêmes puristes se contentent parfois de performances bien plus piètre?
Il faut instamment rétablir la vérité concernant un opus qui, ombre parmi les lumières, recèle pourtant de quelques superbes atouts. Des qualités qui certes sont loin d'égaler la magnificence des meilleurs travaux de ce groupe. En effet, ce Powerage ne préfigure aucunement cette mutation profonde, que les australiens allèrent opérer dès un cultissime Higway to Hell, puisqu'il garde encore tout les stigmates du son âpre, rugueux, subversif et Rock'n Roll, signature originel de cette formation. Et en effet les titres de ce nouveau manifeste, en cette année 1978, semblent, à priori, moins convaincants, moins inspirés et moins excitants que ceux de ces prédécesseurs.
Les titres marquants de ce nouveau pamphlet à la gloire du Rock ne sont donc pas aussi mémorables que ceux de Let there Be Rock, ni même aussi novateurs que ceux de son successeur. De plus, dans la continuité de cette inspiration moins efficace, l'album manque sans doute de quelques morceau phares supplémentaires pour sublimer un ensemble légèrement (et insistons sur le "légèrement") inégal.
Néanmoins, faisant fi de toutes ces considérations à charges, qui peut décemment rester indifférent à la grandeur d'un admirable Rock'n Roll Damnation ou d'un superbe Sin City nous égarant dans les fumées nuisibles d'un voyage sulfureux? Qui peut ne pas reconnaitre l'exceptionnel talent de ces musiciens en entendant l'incontournable Riff Raff âpreté de ses passages de guitares divins (notamment en un remarquable préambule agité, précédant le soulagement délivré par ce riff mémorable et admirable) et paré de ses chants nerveux et irrésistibles? Un morceau dont l'excellence suffit à elle seule à exhausser la bonne tenue d'un manifeste pourtant déjà suffisamment bon pour nous séduire.
On notera aussi, s'agissant des autres atouts de ce Powerage, que la voix si particulière de Bon Scott y épouse toujours encore aussi parfaitement tous les contours de cette musique en une danse presque sensuelle. Le chanteur, bien plus qu'un simple interprète, semble habiter chaque mot sortant de sa bouche d'un remarquable supplément d'âme. Il ne chante pas ses maux, il les vit.
Powerage n'est donc qu'un très grand album au milieu de pinacles immuables. Son seul défaut majeur est, en somme, de ne pas être aussi magistral que les sommets qui l'entourent et auxquels, perpétuellement, il est comparé.
Au delà de cette conclusion dithyrambique, il n'en demeure pas moins que la cruelle ironie du sort continuera de se moquer de cette œuvre en la confinant, ad vitam aeternam, dans une inconfortable position d'éternel écrin de gemmes bien plus resplendissantes. Un écrin, certes, mais que certains, dont votre humble serviteur, continue de trouver de toute beauté.