Décidément, ça commence à sentir bon pour
Stratovarius en cette année 1998. Déjà, il y a
Visions, paru en 1997, qui a cartonné. Faut dire, le succès de ce disque est mérité car il impose définitivement à l'Europe le heavy/speed mélodique à la finlandaise avec sa construction s'articulant sur une guitare acérée et un clavier bavard, sonnant parfois comme un clavecin souverain. Une alternative au metal plus carré d'un
Helloween. L'album live
visions In Europe met méchamment les points sur les i et il ne reste plus qu'à la bande à
Timo Tolkki à concrétiser l'essai.
Artistiquement, Destiny le fait. Grave même. Plus sombre que Visions, cet album se veut également plus intimiste. L'humeur de Tolkki n'était pas au beau fixe et comme le guitariste compose tout, cela se ressent forcément. Précédé par un single de haute volée (SOS, au clip relativement obscur également), l'album alterne compositions heavy et épiques avec des passages plus speed et des ballades. Les titres les plus fast ne font pas dans la dentelle. Rebel, par exemple, est une tuerie comme Strato savait en sortir au moins une par album, mais ce n'est pas dans la vélocité que les Finlandais se montrent les plus pertinents sur cet opus. En effet, des morceaux comme Destiny (peut-être bien la meilleure chanson de Strato) ou Anthem Of The World sont absolument magnifiques et addictifs, on est happé par les envolés épiques qui s'en dégagent, guidé par la voix cristalline de
Timo Kotipelto. Les différents changements de rythme passent très bien, la construction se veut élaborée et parfaitement maitrisée. On tient là quelque chose de grand, voire d'exceptionnel.
Puis il y a les ballades. Si on admet 4000 Rainy Nights, bien construite et posée, les deux autres n'arrivent pas à trouver la même grâce et on se retrouve alors avec les deux points faibles de cet album, deux morceaux en-deça car trop convenus, trop banals, où la magie n'opère pas ou peu. Où sont les défauts ? La voix trop aigüe de Kotipelto qui les rendent un peu niaises ? L'absence de créativité là où, émoustillé par Destiny, on s'attendait à plus élaboré ? Simplement deux points faibles au milieu de huit titres de grande qualité qui se seraient suffit à eux-même.
Destiny aurait pu être un nouveau chef d'oeuvre pour les Finlandais, mais qui rate la dernière marche pour deux ballades de trop. Il reste néanmoins un album essentiel dans la carrière du groupe, avec cette pochette superbe élaborée à partir d'une peinture de Marco Bernard, son côté sombre qui peut étonner, ces titres élégants et frisant même parfois la perfection.