Le départ de
Fast Eddie Clarke avait sonné le glas chez de nombreux fans de
Motörhead. Le guitariste est parti fondé
Fastway après que
Lemmy Kilmister ait eu l'idée d'enregistrer un single avec
Wendy O'Williams, cheftaine des keupons de
Plasmatics, ce qui n'était pas du goût de Clarke. En pleine tournée. De quoi mettre n'importe quel groupe dans la panade. Mais Lemmy a plus d'une carte dans sa manche ou plus d'un acide dans le corps et il parvient à convaincre
Brian Robertson, l'ancien
Thin Lizzy, à s'occuper de la six-corde pour la fin de la tournée. Robertson (Robbo pour les intimes) se mettra vite fait les fans sur le dos à cause de ses cheveux courts, de son bandeau et de vêtements dérivant parfois sur le disco. Pourtant, Lemmy l'intronisera officiellement pour le nouvel album, Another Perfect Day.
Le livret de la réédition de 1996 présente une courte bande dessinée humoristique où
Philty Taylor s'inquiète du côté musical du jeu de guitare de Robbo. Et effectivement, comparé aux albums précédents, le groupe se paie le luxe de proposer des morceaux aux structures plus ambitieuses et souvent mélodiques, ponctués par des soli du feu de Dieu. Enfin du Diable. Robertson parvient à insulfer un nouveau souffle à Motörhead, à lui faire franchir un palier sans pour autant dénaturer le style de base. On a toujours affaire à ce rock hard bien gras et souvent speedé, mais plus construit. Plus mature. Et on se souvient alors que le jeune guitariste a fait ses armes avec Thin Lizzy, combo mélodique par excellence. Un pari fou, terriblement osé pour Lemmy et en définitive, qui coûtera très cher à Motörhead.
Avec le recul, on ne peut être que bluffé par les progrès du groupe en l'espace d'un album.
Iron Fist avait déjà montré une volonté de proposer des titres plus mélodiques, mais des compositions comme Dancing On Your Grave ou le title track sont étonnant, on découvre un nouveau groupe qui construit, qui n'utilise plus la force brute mais qui devient plus bavard, dans le bon sens du terme. Encore une fois, Robertson est impérial, c'est vraiment lui qui porte la responsabilité de l'orientation de cet album sur ses frêles épaules. Même les morceaux plus classiques, tels que Back At The Funny Farm ou le sombre et malsain Marching Off To War se montrent plus travaillés, moins basiques : un lifting au scalpel, délicat et qui ne laisse pas indifférent. Aujourd'hui, ironique, Lemmy annonce, lors des concerts, les morceaux de ce disque en disant que deux exemplaires ont été achetés, dont un par sa mère.
Another Perfect Day est un album fort, un must dans la carrière du groupe malgré un ou deux titres un peu en-deça de l'ensemble, et qui n'a pas été accepté par les fans à sa sortie. Pourtant, ce n'est pas la raison principale du départ de Robertson. Ce dernier, lourdement touché par des problèmes d'alcool (et n'ayant peut-être pas l'habitude de consommer autant de drogues ?) est tombé malade, ce qui a laissé du temps pour Taylor et Kilmister de réfléchir. Ils en parlent alors à Robbo qui admet que l'aventure doit se terminer là : il ne peut y avoir un "Brian Robertson et Motörhead", le groupe doit rester une entité à part entière. Pas un constat d'échec. Juste un écueil sur un parcours tumultueux.
Mais quel putain de disque...