Dans la tristesse la plus profondément abasourdie, la disparition tragique de Ronald Bedford « Bon » Scott marquait incontestablement la fin d’une époque. Faisant très certainement basculer l’histoire, cette perte affreuse plongeait
AC/DC dans une douleur incommensurable. Le groupe allait, malgré tout, tenter de survivre, mais en étant confronté à la question cruciale que tout artistes auraient eu à résoudre en de telle circonstance. Les australiens pouvaient-ils continuer sur le chemin, sans le talent immense de leur voix emblématique? L’âme profonde du groupe, vivant essentiellement de cette osmose entre la musique des frère Young et la poésie particulière, transcendé par cette voix si singulière de Bon, s’en trouvait, forcément, fortement affecté. Une partie de cette essence avait indiscutablement été mise en terre aux mêmes instants que la dépouille du plus grand chanteur que la Rock Music ait connus. Et l’excellence d’une œuvre telle que
Highway To Hell rendait la tâche de ce legs bien plus complexe encore.
Pourtant lorsque sort ce
Back In Black, il retentit comme le
testament d’une ère résolument révolu pour le groupe. Délaissant définitivement les aspects les plus primaires de ce son Rock originel, Robert John « Mutt » Lange fait indéniablement entrer le groupe dans une phase bien plus contemporaine, et bien plus redoutable. Il poursuit donc, et achève, le travail de modernisation commencé sur
Highway To Hell. Même si ce mixage aux sonorités plus universelles, plus chaleureuses, plus accessible est essentiel, c’est pourtant dans le remplacement du mythique chanteur, dans l’ombre duquel le futur successeur sera fatalement étriqué, que réside la difficulté la plus complexe. La périlleuse tâche se verra attribué à Brian Johnson (Geordie) qui, après une audition qu’il pensait ratée, devient le nouveau chanteur d’
AC/DC. La véritable réussite de ce disque tient au fait que sans trahir l’esprit, et le caractère, de sa musique ; le groupe aura su lui donner, à l’aide notamment de Lange et de Johnson, un visage suffisamment différent pour le libérer du poids pesant d’un passé trop lourd désormais.
En effet, hormis le poignant témoignage proposé sur un mythique et intemporel Hell’s Bells aux riffs légendaires, aux beffrois tragiques, excepté cette imagerie retenue d’une pochette simplement noire; seule une sobriété grave et profondément inhabituelle plane succinctement sur l’ensemble de l’album. Cet œuvre est simplement un hommage respectueux à la mémoire d’un homme partis trop tôt. Au-delà de cette retenue circonstancielle, et sans excès, les propos y sont, outre d’une maturité exceptionnelle et d’une captivante inspiration, toujours encore sulfureux. Angus et les siens, dans une gigue endiablé, nous propose, aussi, de danser, de boire, de rire sur la tombe du mort. Et s’il est difficile de rester indifférent au plaisir immédiat de ces titres exceptionnels tels que Shoot To Thrill, What Do You Do For Money Honey, Give A Dog A Bone, l’excellent
Back In Black, You Shook Me All Night Long, Have A Drink On Me, Rock N Roll Ain’t Noise Pollution, il m’apparait comme impossible de ne pas être touché par la grâce de ces riffs ensorcelant où le feeling tantôt Blues, tantôt Rock, tantôt Boogie ne peut décemment laisser quiconque indemne, et où la voix de Brian plus éraillés et moins naturelle que celle de Bon, est juste en parfaite adéquation avec cette nouvelle vision artistique.
Qu’ajouter ? Sinon qu’en deux albums
AC/DC vient d’écrire les fondements modernes d’un Hard Rock dont l’héritage est encore bien vivant aujourd’hui.