Votre groupe se sépare de son chanteur. Que faire ? Trouver au pied levé un remplaçant qui ne vous convient qu’à moitié, ou mettre en stand by votre formation jusqu’au moment où vous dénicherez LA perle rare ? Réduits à un trio sans chant, les Parisiens de
Memories of a Dead Man, amateurs de Post-Rock, ont trouvé une troisième solution, qui, de prime abord, paraît plutôt ambitieuse : celle d’inviter quatre chanteurs, de quatre autres combos, pour venir poser leur voix sur les morceaux qui constitueront leur EP. Voici donc un pari très risqué, qui s’annonce prometteur, mais surtout fort en surprise. Il faut ajouter que les
Memories of a Dead Man semblent ne pas avoir proposé cet exercice aux vocalistes les plus inconnus de la scène actuelle, qu’elle soit française ou internationale.
Et pourtant, on n’attendait pas forcément ce groupe dans ce type de risque. Après un EP éponyme et un premier album, « Beyond The Legion », globalement bons, mais sans grande originalité, les Parisiens se sont lancés dans cette impressionnante entreprise, car si tout cela semble alléchant sur le papier, cela l’est tout autant pour les oreilles. Mais entrons dans le vif du sujet.
Le premier titre tape fort, très fort. « Spoken Yet Never Heard » est, en effet, interprété par un invité de marque, Mike Armine, chanteur de
Rosetta, combo phare de la scène américaine de Post-Core. Lancé par une intro en crescendo, le gaillard confirme tout le bien que l’on pense déjà de lui, et pousse sur sa voix gutturale comme sur son chant clair. Au niveau de la production, les instruments sont mis en avant par rapport à la voix, style oblige, mais il est clair que ce premier invité s’en tire avec les honneurs. Un excellent morceau, qui se termine comme il avait commencé, en douceur. Après ces six minutes de plaisir auditif, il paraît évident que Memories Of A Dead Man a bien des atouts dans sa manche.
Sans transition, on enchaîne avec « Commotion ». Certes, on n’est pas vraiment habitué à l’entendre s’exprimer dans la langue de Shakespeare, mais ce deuxième invité est aisément reconnaissable, il s’agit de Thomas, leader de la célèbre formation parisienne
AqME. Dès l’intro, la puissance du morceau est frappante, jusqu’à ce que le break ramène le calme, avant de repartir en force. Si Thomas, dans son groupe original, peut diviser, il devrait récolter tous les suffrages pour ce « Commotion » destructeur.
Pour « The Other Way Around », les
Memories Of A Dead Man ont fait appel à l’un des chanteurs les plus reconnus de la scène française actuelle, l’unique Yann Ligner de
Klone. Lent et lacérant, ce troisième titre affiche le talent de l’interprète, dont la voix caractéristique se prête à merveille aux instruments. Certes, il est un peu court comparé aux deux précédents et l’on a tendance à attendre l’explosion du morceau, qui ne viendra pas au final, mais il ne fait que renforcer notre bonne impression à propos de ce « Maze » pour le moment fort réussi.
Le dernier invité est beaucoup moins connu que ses collègues, mais se révèle tout à fait talentueux. Il s’agit d’Alex Diaz, chanteur du groupe parisien
The Prestige, qui propose d’ordinaire un Hardcore très énergique. Pour la piste la plus courte du disque (à peine deux minutes et demie), le vocaliste s’écorche les cordes, et propose la version la plus énervée possible de la musique de
Memories Of A Dead Man.
L’EP se termine par le surprenant « The Great Escape », superbe épopée de plus de sept minutes, qui réussit à prouver que l’avenir du groupe n’est pas à mettre en doute. Certes, il ne pourra pas rester dans ce type de configuration et devra probablement se dégoter un chanteur en bonne et due forme, mais les Parisiens savent ce qu’ils font et proposent des compositions suffisamment solides pour que l’on ne s’en fasse pas trop pour eux.
Prévu pour la Saint Valentin, « Maze » est un véritable labyrinthe auditif, qui expérimente les différentes déclinaisons du Post-Rock / Post-Core. Là où
Memories Of A Dead Man a fait très fort, c’est que le combo semble avoir laissé de la liberté à ses invités. Chacun a pu apporter sa patte à son morceau, et l’on se délecte de tant de divergences quant au positionnement de la voix sur un même style de musique. Ce nouvel EP réussira à convaincre, autant par son concept original et intéressant que par l’efficacité de ses compositions. Espérons que les Parisiens réussiront un jour à organiser une date avec tout ce beau monde pour réaliser une interprétation live de ce superbe labyrinthe.