Après un After The War très correct mais où l'on sentait que l'Irlandais ombrageux commençait à tourner en rond, Still Got The Blues arrive un an après et annonce clairement la couleur.
Gary Moore le montre directement sur la pochette de l'album où un gamin s'échine dans sa chambre à reproduire ce qu'il écoute, un gamin dans lequel Gary se reconnaissait tout à fait., vu que c'était lui qui avait eu l'idée de la jaquette.
Still Got The Blues, c'est un adieu au hard rock. Et ce n'est pas un mal.
Gary Moore revient à ses premiers amours, ceux qui marquaient ses premiers efforts solo et qui étaient le fer de lance du
Skid Row irlandais, celui qui a permis à Moore de se faire ses armes le temps de quelques albums avant qu'il ne s'essaye à d'autres styles. Et ce retour aux racines fondamentales de la musique rock se veut classieux et bien entendu, électrique.
Si dans l'esprit de bon nombre de personnes, le blues est une musique lente et paresseuse, Gary est là pour rappeler au monde qu'elle est tout d'abord un couloir à émotions, tant le guitariste fait preuve de feeling le long des compositions qui forment cet album. Ainsi, le morceau-titre est un petit chef d'oeuvres d'émotions mises à nues, où la voix un peu grasse de Moore s'adapte bien. L'homme n'a jamais été un grand chanteur, mais sur le blues, il semble bien plus à l'aise que sur son répertoire hard rock. Ici, inutile de crier, inutile de monter trop haut, il suffit de livrer, de donner une partie de soi, une part de son âme dans ce que l'on chante et l'effet est immédiat.
Moore gratifie également ses fans de quelques blues plus énervés, comme
Texas Strut où l'on retrouve son ancien compère de chez
Thin Lizzy,
Brian Donwey dont la frappe lourde est toujours aussi appréciable.
Moving On ou |i]Too Tired[/i] suivent également cette voie plus électrique, mais on retiendra surtout les morceaux les plus posés, où le toucher de Gary sur le manche de sa guitare se fait bien plus sensuel.
Dans ce cas, on pense à la reprise de
Oh Pretty Woman, un vieux standard du genre, sur lequel Gary est épaulé par
Albert King en personne, ou
King Of The Blues qui raconte la vie de ce dernier et qui a une saveur proche du Mississippi, ou encore le plus complexe
That Kind Of Woman où c'est l'ancien Beatles
George Harrisson qui vient prêter main forte à Gary pour une séance de slide endiablée.
Et pour donner des couleurs à l'ensemble, Gary fait également appel à des cuivres, aussi Still Got The Blues est un album très riche du point de vue des sonorités, où la guitare est sur un pied d'égalité, en fonction des morceaux, avec le saxophone, quand ce ne sont pas des violons qui viennent accompagner discrètement Moore quand ce dernier parle d'amour (
Still Got The Blues,
Midnight Blues).
A moins d'être complètement réfractaire au genre, difficile de ne pas rentrer dans ce disque de blues qui allie la tradition du genre à un côté plus moderne, dans la façon de faire crier la guitare ou de donner plus d'aisance rythmique.
Gary Moore signe là tout simplement son meilleur disque, peut-être le plus personnel de sa carrière, l'un des plus attachant en tout cas. Bien sûr, ce n'est plus du hard, encore moins du rock, mais quand l'émotion est au rendez-vous, la musique devient un langage universel.
RIP Gary...