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Chronique de Blow Up Your Video

AC/DC  - Blow Up Your Video (Album)

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D't'façon, y avait rien de bien à la TV...



En l'espace d'une décennie, AC/DC sera passé du statut de groupe auréolé de gloire à celui de groupe fatigué. Certains en imputent la faute à Brian Johnson, d'autre à l'incapacité de trouver sa voie dans les années 80 et de rester dans un style indiscutablement vieillot. D'autres mettent en avant des productions atroces et sans rapport qualitatif avec celles du passé. Bref, une formation que l'on envoyait déjà au cimetière des éléphants, où les os auraient été rongés par les hyènes des critiques musicaux. D'ailleurs certains aiguisaient déjà leur Opinel sur la discographie de Deep Purple qui lui aussi commençait à se ramasser.

Puis il y a eu l'épisode Who Made Who. L'album en question est trop bâtard pour avoir un réel intérêt, mais la chanson titre a donné de l'espoir à bien des fans désappointés par les derniers efforts studio des Ecossostraliens (néologisme). Et le fait qu'elle ait servi pour le lamentable Maximum Overdrive de Stephen King la rend encore plus sympathique.

Du coup, les projecteurs se braquent avec une certaine insistance molle sur AC/DC. Et le groupe publie en 1988 ce Blow Up Your Video qui marque le retour du tandem Harry Vanda et George Young à la production. De quoi ravir les fans de la première heure qui espèrent retrouver LE son qui a fait AC/DC, CE son qui a propulsé les albums des '70 au panthéon du hard rock pour la plupart. Malheureusement, si on ne peut nier le retour à une production plus roots, plus rock'n'roll et moins lourde, il convient de noter un manque de patate évident : si les guitares sont plus acérées, plus fines même, la section rythmique est à la limite du ridicule. Basse molle, sans relief, batterie qui aurait mérité un meilleur traitement vu comme Simon Wright se démène derrière les fûts... Est-ce que l'on va au devant d'une nouvelle désillusion avec les Scotchkangourous (néologisme bis) ?

Pas tout à fait, la catastrophe a pu être évité de justesse et en définitive, l'album s'en tire plutôt bien même si on est loin du Miracle Lourdes Certifié. Déjà, les deux premiers morceaux font beaucoup pour maintenir le navire à flot (ouais, en argot, AC/DC, ça peut dire à voile et à vapeur...). Heatseeker se veut trompeur avec sa courte introduction qui touche au blues avant que le riff de Malcolm Young ne vienne s'imposer. C'est nerveux, teigneux, sale, Johnson est complètement dans son élément et il fait des merveilles sur ce morceau, ponctué par un solo de bonne facture. Un classique, mais étrangement éclipsé dans le coeur des fans par le plus facile That's The Way I Wanna Rock'n'Roll, doté d'un refrain à rallonge, clairement destiné à faire chanter les fans en concert. Un titre qui aurait pu faire une face B honorable à l'époque du Back In Black et qui ici devient l'un des fers de lance de l'album. Cherchez l'ironie.

Deux autres morceaux attirent l'oreille et sortent donc quelque peu du lot : Kissin' Dynamite sympathique et surtout le This Means War final, qui voit le groupe livrer une grande prestation. Malheureusement, cette composition ne s'imposera jamais sur scène, malgré sa folie rock'n'roll entraînante à souhait. Avec une basse ronflante et une batterie qui claquerait plus, elle aurait pu faire la nique au Motörhead de la même époque...

Le reste en revanche se révèlera plus anecdotique et ne parviendra pas à conserver un niveau constant de tension pour faire la liaison entre chaque tuerie. Un ventre mou s'installe désagréablement après Kissin' Dynamite, l'album peine à retrouver de la puissance, la production n'en parait que plus douteuse et on perd facilement le fil. AC/DC ne parvient pas à se défaire de ses travers, malgré des efforts bien audibles. On attend encore cette foutue étincelle qui viendrait mettre le feu aux poudres et on en voudrait presque aux Austrassais (néologisme ter) pour nous avoir donné de faux espoirs au début de la galette. Si tout le skeud avait été de la même trempe, nul doute qu'il serait devenu un classique. Là, il se contente du rang sympatoche de "sauvetage d'une catastrophe annoncée et presque arrivée".

Même si Blow Up Your Video est un disque assez mitigé, les quatre morceaux qui sortent du lot le tirent suffisamment vers le haut pour que les musiciens puissent sortir la tête de l'eau. Pour les fans, c'en est presque rassurant après des années de disette qualitative. Un terreau idéal pour faire germer les graines du puissant Razors Edge.



L'eternel souffle d'espoir qui se lève quant à une possible résurrection prodigieuse dès lors que sort un nouvel effort d'AC/DC est une récurrente habitude qui ne sera pas épargnée à ce Blow Up your Video, en cette année 1988. Le sempiternel rituel conduit alors, à nouveau, les adeptes de ces australiens, en une analogie toujours aussi subjective, à mesurer le nouvel opus à l'aune de ces prédécesseur afin de savoir s'il mérite ou opprobre ou louanges. Et force est de constater qu'une fois encore la comparaison ne saurait jouer en faveur de ce nouvel effort tant, à l'évidence, ce dernier ne dispose pas des atouts suffisants pour se confronter aux plus éminents travaux de ce collectif. Nul miracle ne viendra donc nous rappeler aux excellents souvenirs émus d'un passé somptueux désormais, semble-t-il, définitivement révolus. Point donc d'envolées inspirés et de fiévreuse intensité prompte à nous émerveiller. Point de génie. Pas plus d'ailleurs que de cette perfection qui caractérisa autrefois cette formation. Mais alors que reste-t-il à ce cador pour nous séduire? La simplicité d'un Hard Rock aux parfums Rock très prononcés. La sincérité sans artifice inutile d'une musique plaisante qui ne parviendra pas à nous enthousiasmer exagérément mais néanmoins suffisamment pour que le plaisir soit tout de même de rigueur. Angus Young et ses complices nous proposent donc un album loin de l'excellence d'un autrefois désormais passés mais loin aussi de l'engeance défaite de certains opus discutables. Un moindre mal en somme.

Pour ce faire le groupe aura su composer des morceaux plaisants tels que l'intéressant Heetseaker à l'entame paisible avant un superbe enchainement plus vifs, tels que l'attachant That's the Way I Wanna Rock'n Roll, tels que Kissin' Dynamite, tels que Nick of Time ou tels que, par exemple, This Means War.

D'aucuns qui avaient trouvé le précédent opus un peu trop audacieux, et notamment dans son traitement sonore un peu particuliers, seront ici apaisé d'entendre une formation revenu à des aspirations nettement plus coutumières. Un retour sur des caractéristiques plus familières ne concernant d'ailleurs pas uniquement le mixage puisque les compositions présentes sur cet opus seront, elles aussi, plus ancré dans un traditionalisme pleinement maitrisé par cette formation. AC/DC se veut donc rassurant à bien des égards.

La postérité ne retiendra donc pas ce Blow Up your Video comme un témoignage honorable de l'illustre instigateur qui participa à définir certains des singularismes du mouvement Hard Rock. Bien évidemment, l'affront n'a rien d'abusif tant ce disque ne pourra légitimement pas venir tutoyer l'excellence de chefs d'œuvres aussi intemporelles que certains de ceux dont le quintette fut coupables. Toutefois, selon votre humble serviteur, il comporte quelques moments très sympathiques et peu de défauts majeurs. En définitive, il est juste regrettable que le groupe n'y ait pas forcé son talent plus que le minima nécessaire.



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Blow Up Your Video - Infos

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Infos de Blow Up Your Video
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Sortie : 29 janvier 1988
Genre : Hard Rock
Playlist :
1. Heatseeker (3:50)culte !culte !
2. That's The Way I Wanna Rock 'N' Roll (3:45)culte !culte !
3. Meanstreak (4:08)
4. Go Zone (4:26)à écouter en premier
5. Kissin' Dynamite (3:58)
6. Nick Of Time (4:16)à écouter en premier
7. Some Sin For Nuthin' (4:11)
8. Ruff Stuff (4:28)à écouter en premier
9. Two's Up (5:20)
10. This Means War (4:32)
écouter : Ecouter l'album



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