Les années 80 auront été une traversée du désert pour
AC/DC, quand les '70 avaient été fastes, jusqu'à ce jour de février 1980 où
Bon Scott disparait malencontreusement. La suite, on la connait :
Back In Black puis le déclin orchestré par des albums plus heavy, parfois mal produits, moins inspirés.
Blow Up Your Video marquait un léger mieux, une occasion de sortir la tête de l'eau. Il restait à savoir comment le groupe allait entamer les '90, où les nouveaux ténors du genre se nommaient
Metallica ou
Guns N'Roses.
Déjà, le batteur
Simon Wright laisse sa place à l'ancien
Uriah Heep,
Chris Slade, qui possède également une sacrée frappe. Si le choix du regretté Bruce Fairbairn à la production peut paraitre douteux (
Aerosmith et
Bon Jovi avaient fait des cartons avec des albums aux petits oignons et quelque peu commerciaux, n'ayons pas peur des mots), il convient d'admettre que le Canadien a fait un excellent boulot derrières les manettes, dotant
AC/DC d'un son absolument énorme.
Et ce son, on le déguste rapidement. Rien que sur la longue introduction du mythique
Thunderstruck, malsaine et jouissive à souhait, on comprend que le panard que l'on s'apprête à prendre pourrait fort bien être intégral, surtout que la suite tend à confirmer cette impression.
AC/DC évoluerait-il ? Il le laisse gentiment penser en proposant des titres aux structures quelques peu inédites, comme sur le très agressif
Fire Your Guns, le lourd
Are You Ready ou encore le glauque et inquiétant
The Razors Edge, qui sortent indéniablement du lot avec le sautillant
Moneytalks.
Malcolm Young a littéralement bouffé du lion. Il écarte gentiment
Brian Johnson de la composition pour se lancer avec son frère Angus dans la conception de cet album, avec comme ingrédients des riffs incisifs, des soli comme Angus n'en avait plus pondu depuis des années, du sale, du vulgaire, mais également du plus conventionnel.
Du coup, les compositions les plus "classiques" sont bien moins emballantes que les titres pour lesquels
AC/DC a su se dépasser, passer outre une obligation stylistique qui semble lui coller à la peau. Les derniers morceaux de cet album s'oublient aussi vite qu'ils sont écoutés et n'apportent de ce fait rien à l'édifice. Pire, ils viennent plomber une fin de parcours qui aurait mérité mieux, ou carrément d'être amputée des trois derniers morceaux. Du coup,
AC/DC passe à côté du chef d'oeuvre. Mais avec les premiers titres, le groupe arrive à reconquérir un trône qu'il avait laissé vacant depuis 1983, voire 1981 pour les fines gueules.
S'ensuivra une longue tournée mondiale qui donnera naissance à la fameuse compilation live de 1992 et surtout, à une attente des fans quant au nouvel album, qui se fera longuement désirer. Qu'importe qu'
AC/DC soit encore en partie passé à côté de son sujet, il confirme avec
The Razors Edge son regain de forme. Mais faut pas pousser mémé dans les orties, surtout quand elle n'a pas de culotte : c'est pas un chef d'oeuvre.