Première constatation, il y a de nouveau eu un changement de personnel. Et comme souvent avec
Gamma Ray, cela va par deux. Cette fois-ci, c'est la section rythmique représentée par
Uwe Wessel et
Uli Kusch qui est remerciée au profit d'un nouveau tandem,
Jan Rubach à la basse et
Thomas Nack à la batterie. Et on peut dire que ce nouveau duo s'installe confortablement d'entrée de jeu en composant le morceau-titre de cet album, une composition percutante, heavy à souhait, avec même quelques accents thrashisant (enfin, c'est pas du
Sodom).
Par rapport au très bon
Sigh No More, ce nouvel album du Rayon Gamma se veut déjà plus positif.
Kai Hansen a retrouvé le sourire et il le fait savoir en écrivant des titres musclés, souvent speed, où l'on retrouve toujours une certaine affiliation avec
Helloween. Ce n'est non plus pas de la copie conforme, ce disque avance plus dans une voie qui a commencé à s'établir sur l'opus précédent. On retrouve toujours le speed mélodique qui a fait la renommée de Kai Hansen (les époustouflants Tribute To The Past ou le tonitruant Future Madhouse), mais heureusement, à mesure que l'on progresse dans l'aventure, on se retrouve face à des tempos ou des styles de compositions qui évoluent. Ainsi, on se heurte à la reprise déjantée du Gamma Ray de
Birth Control que le groupe a décidé d'enregistrer après l'avoir entendu en boîte de nuit (et là on s'interroge sur les boîtes de nuit allemandes quand on prend en repère les françaises). On découvre avec surprise la ballade étrange qu'est 18 Years où
Ralf Scheepers montre toute l'étendue de son talent, ou ce pendant au Bohemian Rhapsody de
Queen qu'est Heal Me où Scheepers s'offre un duo avec Kai Hansen (ce qui peut avoir une incidence quant à la suite des évènements). Ce long morceau offre une palette de sentiments variés, on passe d'un délire paranoïaque à un break ressemblant à un numéro de music-hall jusqu'au solo ébouriffant. Hansen n'a jamais caché son amour pour Queen, ni pour les
Sex Pistols comme l'atteste le punkisant Your Torn Is Over (pour un résultat en-deçà des espérances).
En 1993, Gamma Ray peut se targuer de sortir un excellent album dans ce style - alors décrié - qu'est le heavy/speed mélodique, tandis qu'Helloween sombrait misérablement avec son
Chameleon. Pourtant, Insanity And Genius n'est pas parfait, il y a des couacs comme The Cave Principle et sa structure progressive qui devient rapidement rébarbative, Gamma Ray et Your Torn Is Over sont dispensables, Brothers n'apporte pas grand chose à l'équation malgré son côté très frais et fêtard (ce genre de titre, à une fête de la Bière, on vide les choppes à force de trinquer). La bande à Kai Hansen prouve qu'en pleine période grunge on peut vivre sans avoir à tourner sa veste. A découvrir ou à redécouvrir d'urgence !