...Et il ne sera pas question de l’Enfer de flammes auquel nous, païens, hérétiques, et autres amateurs de musique diabolique sommes promis, non, mais un Enfer sombre, froid, aux relents d’acides, d’éthanol et de chair morte…
Bienvenue dans le monde de
Wormfood…
Car oui, 5 ans après un
France pour le moins dérangé et décadent, et qui avait parfois une fâcheuse tendance à partir dans tous les sens, le groupe Parisien revient avec un nouveau visage, et un nouvel album, le bien nommé
Posthume, sorti début 2011 après avoir été maintes fois repoussé.
Outre le titre, qui fait irrémédiablement penser à la mort, chacune des plages composant cette nouvelle offrande (à l’exception de «
Des Hauts, Des Bas», qui est une reprise du chanteur Suisse Stephan Eicher) semble avoir été forgée par la grande faucheuse elle-même...
Fruit d’un processus de composition long et douloureux, que nous pourrons qualifier de cathartique, avec ses textes d’inspiration Gainsbourgienne, (dont Emmanuel «El Worm» Lévy est un grand fan), entièrement en français, et traitant de thèmes comme le dépit amoureux, les addictions et le suicide, ce dernier apparaissant comme une finalité libératrice (évident sur «
Les Noces Sans Retour»), Posthume consume toute trace d’amour, de joie, de bonheur, et ne laisse rien d’autre qu’un profond dégoût de la vie, face auquel personne ne peut rester insensible...
Malsaines, sombres et écrasantes, les compositions du groupe ne nous accordent aucun répit, et ce n’est pas avec la ballade «
Salope», faisant penser à du Marc Lavoine sous antidépresseurs, et placée en milieu de parcours, que nous trouverons un quelconque réconfort. Il faudra pour cela attendre que l’outro («
EWB28IF») nous apporte la délivrance tant espérée, même si le morceau en lui-même paraît parfois quelque peu anecdotique, notamment sur la fin.
Notons aussi le travail extraordinaire réalisé sur les pistes de chant.
La voix d'El Worm, grave, profonde et plaintive, est volontairement mise en avant, ce qui favorise l'immersion de l'auditeur dans l'univers neurasthénique de
Wormfood...
Malgré son propos pour le moins abrasif,
Wormfood ne se passe pas de clins d’œil plutôt bien sentis et d’invités prestigieux. On retrouve notamment Paul Bento de
Type O Negative au sitar et au tanpura électronique, sur «
Les Noces Sans Retour» et «
Troubles Alimentaires», ce qui donne une dimension particulière aux morceaux.
Le groupe ayant été par le passé comparé au géant gothique américain, ce guest apparaît comme une véritable consécration.
On note également que
Wormfood n’a pas totalement délaissé le monde du spectacle brièvement dépeint dans «
Daguérreotype», sur le précédent album, puisqu’on retrouve une référence à Joséphine Baker et ses «deux amours» sur «
Passage à Vide».
La production n’est quant à elle pas en reste, et confère un grain particulier au son de ce nouvel effort, donnant une impression d’insalubrité, et plus d’ampleur encore à la musique torturée du quintette...
Avec
Posthume,
Wormfood joue avec nôtre corde sensible, et prend manifestement un malin plaisir à nous entraîner dans son délire autodestructeur, et mis à part le dernier morceau, aucun faux pas ni aucune faute de goût ne viendront troubler notre éprouvante, mais ô combien envoûtante, traversée des Enfers.
Non content de baigner dans l’excellence,
Posthume tutoie la perfection.
A posséder.