Chaotique.
Agressif.
Déstructuré.
Complexe.
Abrutissant.
Lourd.
Pesant.
Grave.
Ce petit panel de qualificatifs devrait aider à se représenter abstraitement la musique d'Abraham, au son ultra-puissant et au chant doublé pour donner encore plus d'énergie à la chose – comme si elle n'en avait pas assez. Jacques Vierdaz, le guitariste de Kruger himself, livre ici avec An Eye of the Universe une sorte de post-hardcore aux relents Celestiens, avec le caractère pesant d'un
Isis des grandes heures. Le chant gueulé bestialement est couplé avec des chœurs clairs pour le grand plaisir de nos oreilles, les guitares jouent sur un clair / obscure avec des notes aigües suivant le rythme de notes très graves – la basse étant mise extrêmement en avant pour un rendu encore plus écrasant.
Leur goût pour la musique prog (l'intro d'Astro Zombies, etc.) est assez sympa et aère un peu le disque compact qui avoine (un peu trop ?) sec.
Les faiblesses sont par contre bien présentes, surtout dans la structure des morceaux et le chant. An Eye on the Universe se veut complexe et violemment sonore. Tel un
Meshuggah fatigué et éreinté, l'album se perd dans une structure sinueuse qui fait décrocher l'auditeur au lieu de le fasciner... La voix est quant à elle posée par dessus le tout, comme rajoutée. Ayant du mal à entrer en osmose avec le reste, elle donne l'impression d'être simplement là pour ajouter du volume et de la puissance. Mais aussi saturé soit-il, Abraham est lassant. Loin d'être recommandable pour un novice du style, il est même pour un auditeur chevronné une véritable épreuve de prise sur soi pour une écoute ininterrompue. On a du mal à se représenter la musique, à faire travailler son imagination dessus, le son est vide, impersonnel. A l'instar d'une cover au goût douteux...
Abraham est un jeune groupe qui se cherche encore. Un groupe qui n'a pas terminé de maturer, à la personnalité pas assez affirmée et presque sans style. Le cap du premier album est passé avec difficulté et bien qu'ils aient du potentiel en tant que "musiciens exécutants", la composition reste à travailler. En somme, un album à mono-écoute.