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Chronique de Secret of The Runes

Therion  - Secret of The Runes (Album)

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De la création du monde chez les Vikings...



Nombreux sont les groupes de métal ayant eu leur période viking ; on peut trouver ça lassant ; c’est tantôt une bonne chose tantôt une moins bonne, mais dans le cas de Therion c’est plutôt une bonne chose. L’album a été intégralement composé par Christofer Johnsson et Thomas Karlsson, et c’est sans conteste le CD le plus influencé par la musique classique. On pourrait le définir comme un opéra wagnérien version death, une sorte de prologue de L’or du Rhin avec une guitare électrique !
La liste de musiciens ayant participé à l’enregistrement est impressionnante ; outre trois chanteurs d’opéra, couvrant la gamme des tessitures, un chœur et l’équivalent d’un petit orchestre, avec 17 musiciens issus de diverses formations !
Ça n’est pas la première fois qu’un groupe de métal fait appel à un tel nombre de musiciens classiques ; ce qui est beaucoup plus rare, c’est la structure de l’album. Plus qu’une suite de chansons, c’est une succession de tableaux suivant le concept du Sacre du Printemps de Strauss.
Je m’explique. L’album est centré sur l’une des parties les moins connue de la mythologie nordique, celle relative à la création du monde. Comme les grecs, les scandinaves pensaient que le monde était né du gouffre original, qu’ils avaient baptisés Ginnungagap, et qui est très logiquement la première chanson du CD.
De part et d’autre de ce gouffre, se trouvent Muspalhaim], contrée du feu, et [[Nilfheim, pays de la glace. La vie naît de la rencontre des deux, sous la forme des géants ; de l’union de deux d’entre eux né Odin et ses deux frères, les premiers dieux.
De nombreuses autres races et entités viennent au monde, et à chacune échoit une partie de l’univers. Tous ces mondes sont régis par la magie des runes, à laquelle est logiquement consacré la dernière chanson : Secret of The Runs.
Ginnungagap voit la création du monde, aussi est elle lente et majestueuse, rythmée par des chœurs de femmes évoquant, jusqu’à l’apparition de la première créature : le géant Ymir, que de solennels chœurs masculins viennent célébrer comme l’ancêtre de toute vie. Il fut tué par Odin et ses frères, qui démembrèrent son corps et s’en servirent pour créer Midgard, demeure des hommes et thème de la chanson suivante.
Il s’agit de la description de notre monde, depuis le monstrueux serpent Jormundgand qui en fait le tour, jusqu’au murailles qui le protègent des géants. Un chœur de femmes demande l’aide d’Odin pour le défendre.
Asgard, la demeure des Ases, les dieux. S’y abrite le Walhalla, la demeure d’Odin aux cents portes. Curieuse chanson en vérité. Une intro et une conclusion death, avec guitare et batterie ; entre les deux des chœurs presque tout du long, sauf de courts solo, tantôt masculins tantôt féminins, tous deux très wagnériens.
Jotunheim, terre des géants, ennemis jurés des Ases. Une menace voilée perce dans la chanson, en particulier dans le final où sont scandés les noms de trois de leurs plus terribles guerriers.
Schwarzalbenheim, refuge des nains et des elfes noirs, domaines des sombres forgerons. Là fut forgé Miolnir, le marteau de Thor, et bien d’autres armes et joyaux des dieux. La chanson est entièrement en allemand, peut être pour donner aux chants un son plus lourd, plus dure.
Ljusalfheim, au contraire, est la demeure des elfes et des fées, de la beauté et de la fantaisie incarnés par le dieu Frej. Apparemment, il ne s’agit pas d’un univers cohérent, mais d’un agglomérat changeant des lieux où errent ces créatures. La chanson fait donc appel à des notes plus claires, des voix plus aiguës, mais un murmure haineux vient rappeler qu’il s’agit d’êtres fantasques, qui peuvent fasciner mais qu’il est dangereux de fréquenter.
Muspellheim, terre calcinées et brûlante, d’où viendra le vent de feu qui calcinera le monde au jour de Ragnarök. La chanson est en langue nordique (du suédois j’imagine) ce qui lui confère une sonorité très particulière. La désolation qui y règne est évoquée par un chœur de style monastique, lent et solennel, puis une accélération brutale : chœurs et riffs rapides, suggérant les flammèches d’un brasier.
Nifelheim, monde de la glace et du froid, l’entité opposé. Les arrangements vocaux sont complexes, jouant sur l’association entre voix de basses et d’alto. Celle-ci aussi est en suédois.
Vanaheim est la demeure des Van, créatures de l’air et alliés des Ases dans le grand combat final. Il s’agit d’une race de dieux ancienne, mal connue, symbolisant la fécondité et la prospérité. La chanson est une sorte d’hymne à Frej et Freja, le couple divin qui règne sur ce royaume.
Hellheim, royaume de Hel, refuge des âmes des morts ! Le lieu qui correspond à l’enfer, mais le côté châtiment en moins. C’est simplement un lieu obscure et triste, évoqué par des chœurs de style monastiques, une musique sombre et sans fioriture, des chants un peu moyenâgeux.
La magie qui lie entre eux tous ces univers, thème de l’album, fait l’objet de la dernière chanson. Une musique plus heavy, accompagné de voix moins graves, chœur féminins et ténor ; ils racontent l’errance d’Odin à la recherche des runes sacrées.
L’édition limitée comporte également deux pistes bonus, Crying Days (une reprise de Scorpion) et Summer Night City. Ce sont de bonnes chansons, mais elles viennent rompre la cohésion de l’album, et n’ont franchement rien à faire là. La dissonance avec le reste du CD est totale.
Bon la dessus il faut être franc : très peu de métalleux s’intéressent peu ou prou à l’opéra ; le disque est peut être une expérience unique, mais pour la plupart il sera classé « musique reposante ». Et Therion va peut être plus loin que beaucoup de groupes, mais n’invente pas grand-chose : pratiquement tout ce qu’on trouve là existait déjà ; ils l’ont assemblés à leur manière, mais c’est bien là qu’il y a quelque chose de nouveaux…

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par Ouraz, le 31 août 2008
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Secret of The Runes - Infos

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Infos de Secret of The Runes
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Sortie : 2001
Genre : Death-symphonique Metal
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. Ginnungagap (The Black Hole) (Prologue) (06:09)culte !culte !listenparoles de Ginnungagap (The Black Hole) (Prologue)
2. Midgård (05:04)à écouter en premierlistenparoles de Midgård
3. Asgård (The Bifrost Bridge) (04:08)culte !culte !listenparoles de Asgård (The Bifrost Bridge)
4. (Call Of) Jotunheim (03:43)culte !culte !paroles de (Call Of) Jotunheim
5. Schwarzalbenheim (Svartalfheim) (Gold der Unterwelt) (05:18)paroles de Schwarzalbenheim (Svartalfheim) (Gold der Unterwelt)
6. Ljusalfheim (The Shining Ones) (03:54)paroles de Ljusalfheim (The Shining Ones)
7. Muspelheim (Gudaskymning) (02:15)à écouter en premierlistenparoles de Muspelheim (Gudaskymning)
8. Nifelheim (Dimmornas Värld) (04:36)à écouter en premierlistenparoles de Nifelheim (Dimmornas Värld)
9. Vanaheim (Seed of Ing) (04:04)à écouter en premierparoles de Vanaheim (Seed of Ing)
10. Helheim (Den dimhöljda) (03:18)culte !culte !paroles de Helheim (Den dimhöljda)
11. Secret of the Runes (Epilogue) (05:30)à écouter en premierparoles de Secret of the Runes (Epilogue)
écouter : Ecouter l'album



Therion

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Genre : Metal symphonique
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Création : 1996
Genre : Metal symphonique
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