My Dying Bride a toujours été un groupe que l'on aime comparer au
Anathema des débuts. Aussi, le changement de style que les deux formations adoptèrent en cet année 1995 a alimenté les mauvaises langues. Car les deux groupes abandonnent le chant death sur leurs opus respectifs.
Plutôt que de parler d'un plagiat en règle, préférons plutôt une simple évolution que les anglais ont tout deux en commun à ce moment là (par la suite, les voies choisies divergeront de façon remarquable).
My Dying Bride propose sur ce Angel And The Dark River une approche très doom de sa musique. Le violon est toujours présent ;
Martin Powell assure des mélodies qui se calquent sur les guitares lourdes et parfois hargneuses. Le résultat est un plongeon dans un monde trouble, hanté, une forme de gothique anglais que l'on imaginerait bien coller à un roman du XIXème siècle où deux fantômes se retrouveraient sur le lieu de leur amour passé. My Dying Bride est un groupe qui sait développer un romantisme dans sa musique sans que cela ne soit niais, en s'écartant aisément des clichés inhérents au genre.
Aaron Stainthorpe joue également un rôle important dans ce changement notable. Il abandonne son chant guttural au profit de déclamations parfois théâtrales, rappelant des fois de sombres litanies, comme sur l'exceptionnel Cry Of The Mankind, longue pièce épique à la limite du supportable avec sa mélodie répétitive au début et sa fin qui ne semble pas en avoir. Un morceau d'une lenteur presque brutale dans sa reptation, où Stainthorpe impose le respect. Le clip tiré de cette chanson le fera d'ailleurs apparaitre sous une forme christique de façon presque dérangeante. Mais il est vrai que le chanteur n'a jamais caché son intérêt pour la Genèse ou la vie de Jésus et ce n'est pas la première fois que My Dying Bride aborde pareil sujet.
Et on est confronté à un halo de lenteur qui reste toujours mélodique. Tantôt blessé (A Sea To Suffer In), tantôt hypnotique (Two Winters Only), la musique s'écoule le long des six morceaux, pas forcément de façon paresseuse. Les parties de batterie sur The Angel And The Dark River ne sont pas de simples coups de massue, elles représentent souvent les derniers vestiges d'un passé plus violent, au gré d'accélérations rythmiques qui provoquent des cassures dans le tissus mélodique de l'ensemble. Your Shameful Heaven surprend même par sa pugnacité, sa volonté d'en découdre sauvagement. Le tempo se fait plus rapide, les guitares enveloppent la base d'un son plus gras, plus volontaire, la litanie de Stainthorpe est sombre, moins délicate. Un contraste surprenant et qui rappelle tout le travail de sape effectué par le groupe cinq morceaux plus tôt. Bluffant.
Avec The Angel And The Dark River, on avance dans un clair obscur musical, avec ses longues plages mélancoliques ou plus virulentes sans jamais renouer avec la furie death des débuts. Un disque d'une maturité rare, planant, qui s'écoute presque religieusement dans la pénombre. Un voyage prenant dans les contrées d'un doom qui s'articule parfaitement autour d'ambiances diverses.