Troisième volet créatif des norvégiens de
Darkthrone,
Transilvanian Hunger, manifeste à la gloire du Black Metal en offre l’essence la plus délicieusement grandiose. Tous ceux qui en effet accepteront de se laisser saisir par la simplicité déchirante de ces riffs hypnotiques, de ces voix haineuses froides et implacables, saisissant l’ampleur la plus divinement troublante transparaissant de cet écueil naturellement venimeux, ne pourront décemment pas en sortir indemnes. De ces constructions répétitives à la déconcertante désinvolture où chaque changement parcimonieux vient délicieusement vous déchirer l’âme, nait la bête immonde. Bercé par ces litanies aux rythme épileptiques, aux voix écorchées criardes,
Darkthrone définis divinement le socle totalement méritoire d’une vénération qui prends, dès lors, un nouvel essor. Dans une expression triviale et primitive, qui vient alourdir d’une malveillance supplémentaire une atmosphère glaciale qui pourtant n’en manquait certainement pas, ces hommes venus sur ces chemins du nord traduisent, aux sons de sentiments misanthropiques obscurs et hargneux, des fresques majestueuses, aux climats ensorcelant. Cette profonde sincérité, sans aucune concession, secrétée par tous les pores crasseux de cette œuvre, souligné par une production crue, propose à ce cri primal toute les saveurs délectables d’un trouble délicieusement pernicieux. Bien évidement ce mixage abrupt, et « sec », pourra laisser tous néophytes définitivement dubitatifs quant à la grandeur géniale d’un groupe aussi fondateur.
L’œuvre ainsi né est donc un animal, certes, sauvage, qui s'appréhende difficilement mais dont toutes les qualités, mêmes les plus horriblement féroces, s’apprivoisent après un long et difficile parcours. Néanmoins des titres tels que l’entêtant, et éponyme,
Transilvanian Hunger ; ou encore l’excellent Skald Av Satans révèlent véritablement leur profonde noirceur après un long apprentissage ; et ce malgré une apparente sobriété musicale trompeuse. Mais extraire des titres, du cœur putrescent rongé par le ressentiment vipérin de cet album, s’avère une délicate entreprise tant l’uniformité superbement effroyable qui s’en dégage nous glace délicieusement l’esprit à chaque note, chaque hurlement, chaque mot, chaque climat…
L’usage du Nynorsk, langue natale de ces hommes du Nord, exception faites du superbe morceau
Transilvanian Hunger rugi dans le verbiage Shakespeariens, ajoute à cette bible une sombre dimension mystérieuse tout à fait sublime.
Soutenu par ces divers éléments favorables (telle la sobriété de mélodies envoutantes, l’authenticité d’une haine communicative, l’intégrité d’un propos diaboliquement froid délicieux…) conjugué à la subversion évidente de quelques déclarations misanthropiques, dont chacun jugera, selon son bon vouloir, de la pertinence ; il n’en fallut pas davantage pour ériger la légende darkthronienne (n’oublions pas, tout de même, deux premiers cantiques, ébauches réussies, dédiées à l’art noir.
A Blaze in the Northern Sky (1992) et
Under a Funeral Moon (1993)).
Ainsi, pratiquant un Black Metal brut, véritable exutoire honnête d’émotions viscérales torturées admirables,
Darkthrone propose, avec ce
Transilvanian Hunger, en véritable apogée exceptionnelle du minimalisme, simplement la
quintessence la plus culte d’une expression obscur et dérangeante. Un sacre.
Cette confession de foi ténébreuse, au-delà de ces qualités incontestables essentielles, esquissera, avec quelques autres cruciales, les prémices de certaines règles caractéristiques, références implicites indispensables, d'un genre. Ainsi les sentiments les plus vils, les émois les plus avilissants, seront, en effet, les territoires les plus fertiles d’une nouvelle ère. La bête dévoile à peine son faciès les plus agréablement hideux, et
Darkthrone, avec ce monument aux huit verset d’une entière dévotion au fiel noir, restera, indéniablement et quoiqu’en pensent les hérétiques les plus hermétiques à cette forme d’art, un de ces pères-fondateurs les plus remarquablement talentueux.