Amon Amarth n’a jamais été le type de groupe qui se remettait en question. D’albums en albums les suédois nous servent la même pitance avec plus ou moins d’inspiration mais fort heureusement avec presque toujours de l’efficacité. Aussi lorsque Twilight Of The Thunder God est sorti les critiques fusaient de plus belle. Les vikings lâchaient là un de leurs meilleurs albums, voire le meilleur, mais continuaient sur leur lancée sans apporter grande nouveauté, si l’on excepte le guest de
Apocalyptica et deux cors se battant en duel. Surtur Rising a donc une responsabilité assez lourde à porter : il se doit de suivre le niveau qualitatif de Twilight Of The Thunder God et de varier la recette, après trois année d’attente.
Mais
Amon Amarth n’est pas un groupe de Viking Metal pour rien, et du coup il fonce tête baissée la hache à la main, la barbe au vent. Surtur Rising n’innove rien à la recette
Amon Amarth, sachez-le tout de suite avant de vous plonger dedans, il est seulement un énième essai des nordiques, à l’intérêt présent mais bien limité suite à son prédecesseur. Le single « War Of The Gods » laissait déjà entrevoir le problème : bien que très efficace et toujours aussi fédérateur, il ne comporte rien de renversant et son défaut est malheureusement celui de l’album. En choisissant à nouveau la facilité,
Amon Amarth se mord la queue et propose des morceaux qui bien que parfois excellents (« Slaves of Fear ») ne sauraient rester dans les annales de par leur classicisme outrancier (« Live Without Regrets »).
Surtur Rising s’apprécie néanmoins, au début, comme les trois-quart de la discographie des suédois, car le souffle épique est parfois présent, que ce soit dans des riffs Death entêtants, des refrains fédérateurs (« Destroyer Of The Universe ») ou des mélodies plus dramatiques (« The Last Stand of Frej » dont l’idée est cependant vite détruite par un aspect trop « Walt Disney Song »). Bien évidemment, on reconnaitra à
Amon Amarth sa capacité à faire office de rouleau-compresseur et à ce titre, Surtur Rising passera sans doute bien en live, car les hymnes sont bel et bien là (« Slaves Of Fear » et son superbe refrain). La voix de Johan Hegg reste par contre tristement fidèle à elle-même, toujours grave, Death caverneux ; elle possède bien sûr ce ton si caractéristique et cette puissance si exceptionnelle mais il serait grand temps de faire intervenir du chant plus mélodique, timidement exploité sur cet album à travers des élévations épiques encore une fois classiques comme sur « Töck’s taunt - Loke’s Treachery Part II » qui fait suite à l’excellente « Hermod's Ride To Hel (Lokes Treachery Part 1) » présente sur With Oden On Our Side et beaucoup plus intéressante que cette seconde partie dont la répétitivité cache le manque d’idées. On passe un moment sympathique, oui, mais deux, trois fois et pas plus tant ce Surtur Rising révèle ses points faibles à la vitesse grand V.
Amon Amarth réchauffe sa recette donc, et ce malgré, il faut le dire, des solis bien plus présents – résultant certainement de l’enthousiasme suscité par l’interprétation de
Roope Latvala de
Children Of Bodom sur l’éponyme « Twilight Of The Thunder God » – et parfois bienvenus pour réhausser légèrement l’ambiance de titres terriblement fades (« As I Am » en tête). Les quelques arrangements sont assez pitoyables à entendre (les claviers type Helene Segara de l’oubliable « Doom Over Dead Man » ou les croassements bien clichés du break pseudo ambiant de « Töck’s taunt - Loke’s Treachery Part II ») et il serait temps que
Amon Amarth se tourne vers des groupes passés maître dans l’art des éléments Folk ou même simplement Ambiant (citons un groupe quand même mythique :
Windir).
Surtur Rising est donc une triste déception, un album moyen et fade après un Twilight Of The Thunder God dopé à l’hydromel et bien plus inspiré. Ici,
Amon Amarth se contente d’enchainer les poncifs de son style, déversant sur ses auditeurs un torrent de morceaux à jeter, qui emportent inexorablement dans leur chute des titres bien plus intéressants, à écouter en priorité (« War Of The Gods » et « Slaves Of Fear ») mais qui ne relèvent pas ce nouvel album aux allures de soufflet percé, garni d’une musique qui a dix ans de retard et qui rejoint celles des
Drudkh ou autres
Motörhead. Notons également la reprise de « Aerials » de
System Of A Down (zéro crédibilité), juste utile pour voir ce que donne le passage au Death et voilà qui résume ce qu’est devenu
Amon Amarth : une caricature de lui-même. En servant la même recette inlassablement,
Amon Amarth se garantit la sympathie des fans, mais gâche un potentiel réel bien plus vaste.