Dans la longue discographie de
Megadeth, il y a un album mal-aimé :
Risk. puis il y a l'album que tout le monde oublie, celui que tout le monde préfère oublier ? Celui-ci, c'est ce World Needs A Hero et une chose est certaine, ce ne sera ni Batdave, sur Supervic ce héros.
Risk, tout le monde a une bonne raison de lui taper dessus : c'est de la pop, c'est mou, Dave fornique avec les stars du show biz ou aimerait bien le faire avec cet opus. Mais mine de rien, si ce n'est pas du Megadeth conventionnel, ne nous bandons pas les yeux et encore moins les oreilles, certains morceaux sont vraiment bons, bien écrits. Avec un mix plus heavy, qu'en aurait-il été ? The World Needs A Hero, on a à priori aucune raison de lui en vouloir personnellement. On a même droit au retour de Vic en fanfare sur une pochette bien kraspeck (mais relativement laide, ok, admettons). Certes,
Marty Friedman n'est plus de la partie, mais
Mustaine peut se féliciter d'avoir pu séduire le
Savatage Al Pitreli pour lui succéder. Donc effectivement, pas un manchot de la six-corde. En plus, une première écoute "comme ça", au passage, donne le sourire. Megadave revient au thrash ! Yeah !
Puis arrive une seconde écoute, plus attentive. Et là, l'édifice The World Needs A Hero s'écroule comme un pathétique château de carte au moindre courant d'air. Et ça, ça fait mal. Parce que mine de rien, Megadeth laisse derrière lui des albums de référence du mouverment thrash, comme le tonitruant
Peace Sells... But Who's Buying ou le remarquable
Rust In Peace et que là, il a du mal à progresser dans sa propre ombre.
Pendant des années, Mustaine chercheait à plaire, se vendant un peu, laissant Friedman se vendre pour lui (et l'évincer après le tollé que fut Risk) et revenir au thrash après tout cela peut paraitre suspect. Certes,
Cryptic Writings avait déjà le cul entre deux chaises, criant son amour au thrash et pleurant ses faiblesses commerciales, mais pourquoi ne pas être revenu plus tôt à une musique plus brutale dans ce cas là ? Cette question, seul Mustaine en a la réponse.
Puis un détail titille l'oreille tout du long de ce disque. Un détail con, très con même : le son est très propre, trop pour le genre, proche d'un
Countdown To Extinction, le grain de folie a doucement laissé sa place à une attitude plus réfléchie. Mature diront certains. Décevante pour le style, avanceront les autres. Peut-être que pour apprécier ce disque, il faut complètement occulter ce que fut Megadeth dans les années 90, faire un deuil dans sa tête et alors que peut-être, on se laissera séduire par Disconnect et le titre éponyme. Peut-être que When pourrait plaire du long de ces neuf minutes où Dave rend un hommage agaçant à
Diamond Head. Peut-être que Recipe For Hate... Warhorse passerait mieux. parce que pour ce dernier, Mustaine nous sert un sérieux gâchis, après une intro formidable, il laisse retomber le soufflet sans aucun état d'âme. Inquiétant ? Mes fesses ! Salement formaté, oui... Et il y a également cette suite à Hangar 18, Return To Hangar qui jamais ne parvient à se hisser au niveau de l'originale, suite pathétique à l'instar de temps de séquelles inutiles dans le monde du cinéma. Et que penser des navrants Moto Psycho et 1000 Times Goodbye, indignes de ce groupe que fut Megadeth ?
Sale temps pour les métalleux en cette année 2001 semble-t-il. D'accord, Burning Bridges vient carrément redonner le moral avec ce riff diabolique et cette rythmique puissante et violente, un hymne assurément. Oui, il y a cette putain de power ballad qu'est Promises avec son violon et un Mustaine impérial derrière le micro. Mais bordel... Même les soli de Pitreli sont en définitive navrants... Où est passée cette musicalité et cette puissance qu'il dégageait au sein de Savatage ? On regarde à gauche, puis à droite. On peut traverser, il n'y a plus rien à voir, ni à espérer. Megadeth se gaufre royalement sur cet album qui dégage un fumet de charogne. Et ça fait mal quand on aime ce groupe. Encore plus mal quand on a grandi avec. Un album que l'on aime oublier.