En 1991,
Eric Carr disparait, victime d'une forme très rare du cancer du cœur, le même jour que
Freddie Mercury, un 24 novembre (jour sinistre pour tous les amateurs de musique métallique). Il sera remplacé par
Eric Singer qui n'est pas tout à fait un inconnu puisqu'il jouait déjà avec
Lita Ford ou encore
Black Sabbath. Le groupe décide d'enregistrer rapidement un nouvel album, pour faire le deuil de leur ancien frappeur, peut-être le meilleur qui ait été derrière les futs de
Kiss.
Mais sérieusement, que pouvait-on attendre de Kiss à cette époque ? Depuis 1984, le groupe s'obstinait à proposer des albums de plus en plus FM, allant jusqu'à se compromettre avec une ballade navrante co-écrite avec
Michael Bolton (qui s'en sort mieux avec sa soupe habituelle) sur l'album
Hot In The Shades. Pour des fans, le groupe était déjà en pré-retraite et voué à un amollissement aussi définitif qu'inéluctable. Aussi, la pochette de ce Revenge avait de quoi étonner au premier abord : logo de Kiss comme taggué sur un support métallique, titre de l'album en lettres de sang. On est loin des pochettes plus colorées et sucrées des années 80, loin de ce Sphinx qui se trimballait en lunettes de soleil sur fond de carte postal. Ensuite, on remarque que
Bob Ezrin est à nouveau aux manettes. Et dès que le disque atterrit sur la platine, on se rend compte qu'on se mettait le doigt dans l'œil au sujet de Kiss : l'aire de repos, c'est pas pour tout suite.. Ceux qui connaissent l'origine de cette expression comprendront que c'est même vraiment profond.
Unholy déboule sur un son de basse puissant, ponctué par une rythmique franchement puissante, très carrée et lourde. Gene Simmons signe-là un excellent titre introductif, accrocheur, saignant, sombre et malsain et à la fois. Fini les errances passées ? On se met à espérer. Take It Off ne déçoit pas : toujours aussi puissant, le groupe a dit adieu aux paillettes et revient à un style plus percutant.
Vinnie Vincent est de retour à la composition, ceci expliquant peut-être cela, mais l'on se retrouve plus proche d'un album comme
Lick It Up que - au hasard -
Asylum. Gene Simmons n'a pas assuré que sur un titre, nous assistons là à une espèce de renaissance, le bassiste-chanteur semblant être plus axé composition que pognon. Il signe certains des meilleurs titres de cette galette, comme Domino ou Thou Shalt Not. C'est comme si pour la première fois depuis la moitié des années 80 il se sentait concerné par un album de Kiss et qu'il ne laissait pas le soin à Stanley de composer les titres les plus convenables seul.
Mais bon, il est difficile pour un groupe s'étant écarté d'une voie qu'il s'était tracé durant des années de revenir à un niveau satisfaisant sur la durée. Il y a des morceaux plus faibles, comme le manqué God Gave Rock'n'Roll To You II, reprise d'un single paru en 1991, typiquement kissien mais totalement insipide malgré tout. Paralyzed et Though Love se montrent également plus dispensables malgré une avancée plus typiquement heavy metal, mais sans le petit plus des autres morceaux, comme la verve de ce I Just Wanna ou le côté très électrique d'un Heart Of Chrome.
En ultime hommage au défunt batteur, Carr Jam vient clôturer la séance. Cet instrumental composé en 1981 comprenait l'unique solo de batterie enregistré par Eric Carr et c'était là la seule façon de lui laisser une dernière fois la parole.
Revenge est donc un album relativement solide, loin de certaines inepties qu'a pu produire Kiss quelques années plus tôt. Malheureusement, l'album ne sera pas un carton, car sorti trop tôt, en pleine déferlante grunge. Dommage, car il y avait là un album sincère, une morsure de rage jouissive. Le dernier bon album de Kiss.