Depuis bientôt vingt ans, les portugais d'Heavenwood évoluent dans l'ombre de
Moonspell. Et pour cause, le groupe mené par Ernesto Guerra ne parvient pas à acquérir une stature de poids lourds national, pourtant méritée quand on se penche sur ses débuts. Après quelques déboires, un split, et un Redemption moyen, les portugais reprennent du service avec Abyss Masterpiece, quatrième album qui a cette fois-ci bénéficié de l'appui du label Listenable Records.
Avec cette nouvelle sortie, Heavenwood se lance dans la reconquête de son trône qu'il a abandonné depuis quelques années.
Tout démarre sur un "The Arcadia Order", à mi-chemin entre une musique de film et les travaux remarqués de Chris Antoniou (
Septic Flesh). Pour le coup, ce premier titre dévoile une sorte de Dark Metal appuyé d'un côté symphonique que ne renieraient pas les grecs d'Inactive Messiah. Au final, on est assez loin des habitudes d'Heavenwood.
"Morning Glory Clouds", en véritable hit, rétablit une sorte de connexion avec les précédentes sorties du groupe. Nous revoici dans un Dark Metal accrocheur, aux sombres mélodies teintées d'une touche de mélancolie évidente. Les growls se voient de nouveau épaulés par un chant clair qui renforce l'impact d'une telle composition. On tient là le meilleur morceau d'Abyss Masterpiece.
Pour la suite, Heavenwood tape dans le classique. Que ce soit "Winter Slave", "Poem for Matilde" ou "Like Yesterday", les émotions défilent, aidées par un jeu de guitares inspirées, souligné d'un fin clavier. On retrouve une certaine touche atmosphérique plutôt sympa, qui n'est pas sans rappeler Diva...
D'un autre côté, les portugais semblent avoir durcis leur son ("Goddess Presiding Over Solitude", "Fading Sun"...): leur Dark Metal prend parfois même des airs plus oppressants, comme sur "September Blood". On regrettera cependant une chose: les compositions peinent encore à prendre l'auditeur par la gorge, comme si Heavenwood s'entêtait à suivre une trame qu'il s'est lui-même dicté.
Heureusement que l'outro "Her Lament", très Tolkienesque, termine cet opus sur une note épique et majestueuse...
Côté visuel, Abyss Masterpiece met semble-t-il un point d'honneur à montrer un visage plus moderne d'Heavenwood, pour le coup à des années-lumières des pochettes de Swallow ou Diva. On retrouve également cette idée de modernisme dans la production, qui offre une profondeur inédite aux compositions d'Abyss Masterpiece.
Ce nouvel album marque donc une certaine continuité dans la carrière d'Heavenwood. Bien que certains morceaux sortent du lot ("Morning Glory Clouds", "Poem for Matilde"...), difficile de voir en Abyss Masterpiece la nouvelle pièce maîtresse de la discographie des portugais. Comme sur Redemption, on déplore un léger manque de folie, qui catapulterait un titre comme "Sudden Scars" au panthéon des hits Dark Metal.
Quoiqu'il en soit, ce quatrième album se voit doté d'un son excellent, et reste très sympa à l'écoute. Il est certain qu'il ne lassera pas les fans du combo!