Après le succès (immérité selon certains) de Trash,
Alice Cooper avait le vent en poupe et rien ne semblait pouvoir lui résister. L'homme a un cachet sympathie considérable. Si certains fans ont hurlé à la trahison, il en a gagné de nouveaux et même la révolution musicale liée au grunge ne semble avoir de prises sur lui. Hey Stoopid se veut la suite plus ou moins logique de Trash, le son des années 80 remisé pour sonner de façon plus moderne.
Si
Desmond Child est toujours présent à la composition, il l'est nettement moins que sur Trash et le son est du coup différent. Moins FM dans l'esprit, mais toujours axé hard US bien calibré. Diverses pointures se succèdent à l'écriture, dont
Al Pitrelli ou
Bob Pfeiffer ce qui se traduit par des titres un peu moins catchy, un peu moins mémorables dans leurs ensemble. Là, on se rend compte que l'on peut reprocher ce que l'on veut à Desmond Child, si ce n'est un sens du hymne presque immédiat, qui fait mouche naturellement, une qualité d'écriture non négligeable quand on songe au nombre de hit singles que l'homme a indirectement à son actif, le talent du groupe étant l'autre composante de ces réussites.
Sachant toujours très bien s'entourer (on notera la présence aux claviers de
Dereck Sherinian, un futur
Dream Theater), avec une pléiade d'invités de folie (pêle-mêle :
Steve Vai,
Joe Satriani, Vinnie Moore,
Slash, Nikki Sixx, Mick Mars ou encore
Ozzy Osbourne),
Alice Cooper tente de faire aussi bien que sur Trash sans forcément y arriver. Le facteur Desmond Child, évoqué plus haut, est peut-être l'une des causes de cette légère baisse de régime, le fait que le disque soit peut-être un peu trop gourmand sur la durée en est un autre. Douze morceaux, assez inégaux dans leur ensemble se succède, où l'excellent côtoie par moment des tentatives de remplissage.
Bien sûr, il y a de pures tueries. Comment ne pas adhérer à l'excellent
Feed My Frankenstein, jouissif à souhait, dans le trip shock rock cher à Alice avec son humour décalé, ou encore le morceau éponyme sur lequel Ozzy vient épauler le Coop' derrière le micro. Comment ne pas éprouver une bouffée de nostalgie face à
Wind-Up Toy qui renvoie à Welcome To My
Nightmare, 16 ans plus tôt, avec le retour de Steven, le personnage fétiche de teenagers élevés aux freaks et au cinéma d'horreur ? Bref, entre réminiscence du glorieux passé et compositions efficaces, il y a de quoi se délecter de cette galette. On peut également citer pour le plaisir
Snakebite et
Little By Little aux refrains enlevés, des plaisirs certes un brin coupables, mais sans gêne, il n'y aurait pas de Cooper, très certainement.
A côté de cela, il y a des morceaux qui s'écoutent parfaitement, même bien, mais qui n'ont pas cette touche de folie, qui n'apportent pas ce grain spécial, ce petit plus qui rend les titres cités précédemment tout simplement délectables. Ils ont cette absence de ce qui caractérise
Alice Cooper, cette volonté de jouer avec l'auditeur jusqu'à ce que ce dernier n'en peut plus et se voue entièrement à la cause de Vincent Furnier. Bref, Hey Stoopid est un album à deux vitesses, dont les parties les mieux maîtrisées sont heureusement plus nombreuses.
Selon les envies, les goûts et les caractères de chacun, Hey Stoopid est souvent plus apprécié que Trash car le côté commercial est moins marqué, il ne suinte pas à chaque morceau, mais du coup, on perd au niveau des refrains, les ballades sont moins envoutantes qu'un
Hell Is Living Without You par exemple. Chaque avis se vaut, car les goûts ne sont pas universels et c'est tant mieux comme ça. Hey Stoopid est un album bien agréable, un peu trop long, certainement trop inégal, mais comme beaucoup d'autres albums de
Alice Cooper, il a ce goût immodéré de revenez-y et ça, ça n'a pas de prix.