La situation du heavy metal en 1997 était préoccupante... Le style était sur un déclin qui semblait sans fin. Les ténors du genre pataugeaient dans leur fange, les fans leur ayant tourné le dos depuis longtemps. Seuls
Gamma Ray,
Stratovarius et
Angra semblaient tirer leur épingle du jeu tandis que
Helloween renaissait lentement de ses cendres. Les légendes que sont
Iron Maiden,
Judas Priest ou
Saxon peinent à convaincre pleinement,
Scorpions semblent avoir jeté l'éponge depuis un moment. De nouveaux genres émergent et les nouveaux héros se nomment
Paradise Lost,
Anathema,
Cradle Of Filth,
Emperor ou
Dimmu Borgir. Aux USA,
Korn a redonné vie au genre, secondé par la suite par
Linkin Park ou
Fear Factory. A la croisée des styles, le heavy semble bien loin, quoique présent dans de nombreuses influences communes.
Et un groupe va venir donner un gros coup de pied dans les joyeuses des fans de metal et ce groupe c'est
Hammerfall, par qui le scandale du true metal éclatera. Formé autour du guitariste
Oscar Dronjak, qui en avait assez du death et qui voulait jouer la musique qu'il affectionnait le plus, à savoir le heavy,
Hammerfall voit le jour en 1993, mais ne publiera ce Glory To The Brave, premier album du groupe, qu'en 1997.
Et il faut dire que ce disque tient un peu du miracle. Avec un chanteur dont le précédent groupe faisait du grunge, on pouvait s'attendre à tout, sauf à cela. Il faut dire que Dronjak a plus d'un tour dans son sac et qu'il ne triche pas en faisant appel à son ami
Jesper Strömblad d'
In Flames pour lui donner un coup de main. Si ce dernier est crédité à la batterie, il n'a quasiment rien joué, il aura surtout composé. Et bien malin celui qui parviendra à retrouver la patte d'
In Flames dans Glory To The Brave, même en faisant abstraction de la voix de
Joacim Cans.
Hammerfall fait du
Hammerfall, c'est à dire ici un énorme hommage au heavy metal, avec une flopée de titres parfaitement calibré, non pas pour les radios, mais pour raviver la flamme dans le coeur des vieux fans du genre. Je préviens le gars du fond qui a dit que je suis un vioque de toute façon que le vioque n'est pas d'humeur à rigoler avec ce skeud ! Non mais...
Glory To The Brave, c'est simple à expliquer : du heavy metal qui se construit autour de riffs simples, souvent speedés, avec une rythmique carré, bien calibrée. Un chanteur à la voix assez aigüe et qui maîtrise bien son sujet, des soli simples, rapides et efficaces, des choeurs guerriers qui viennent booster ponts et refrains... C'est tout con en définitive... Mais ça le fait.
Hammerfall parvient à donner un souffle épique à l'ensemble, qui fait grandement oublier le manque de maturité des propos. Mieux, la formation arrive à composer des titres dont les refrain deviennent des hymnes immédiats et fédérateurs malgré eux et souvent, un souffle épique recouvre l'ensemble, donnant aux compositions une toute autre dimensions. Prenons
Hammerfall et
Steel Meets Steel par exemple. Pour un peu, on croirait presque se trouver face à
Manowar. Dans le style, batailles, guerriers, acier contre acier,
Manowar n'est pas un manchot. Pourtant,
Hammerfall arrive à apporter un petit plus qui fait que cela fait mouche. Cela ne s'explique pas franchement. Il y a un truc. La subtilité qui fait que le magicien n'aime pas révéler son tour de passe passe au public. C'est classique à mort et pourtant on en redemande. Peut-être parce que l'on sent toute la bonne volonté du groupe derrière, une passion qui n'est pas feinte et qui transpire à chaque note ?
Alors ? Que reprocher à ce disque ? Qu'il y ait deux ballades ? On s'en cogne, elles sont soit pas mal, soit sublimes, comme
Glory To The Brave qui en devient épique sur la durée. Non, si on devait reprocher deux choses à
Hammerfall, ce serait son manque d'originalité (et là, on soulève le problème que suscite
Airbourne, même si chez
Hammerfall, ça passe mieux) et une certaine répétition dans les riffs, ce qui fait que l'album ressemble à une espèce de long morceau unique (et
Iron Maiden, on en fait quoi dans ce cas ?). Non,
Hammerfall n'a pas inventé la poudre, mais il sait la faire parler et c'est tant mieux. Les musiciens doivent être les premiers surpris par l'engouement provoqué par cet opus, de quoi en perdre son latin...
Premier album et coup de maître. Que demander de plus ? Rien, bien entendu... Juste se taire et apprécier les origines du revival true metal qui aura fit couler tant d'encre et de sarcasmes (et qui sera repris à son compte par Joey DeMaio soit dit en passant). Le disque est génial et même s'il n'a rien de bien novateur, il fait plaisir par là où il passe (non, pas par là, coquin ! J'ai dit pas par là ! Oh misère... C'est quoi le numéro du SAMU ?). Bref, une surprise inattendue à l'époque et qui aura provoqué un petit séisme autour de lui. Et la résurrection d'un genre. Alors merci. Merci mille fois.