Enregistré en 1971 et publié au mois de janvier 1972, le premier album de Blue Öyster Cult est un album éponyme bien intrigant. Déjà, il y a ce nom de groupe, énigmatique, qui fait secte. Puis un visuel pour le moins déroutant, occulte avec cette succession de couloirs séparées par des portes dans des façades sous une nuit étoilée. Il y a également le logo du groupe, un symbole de Saturne détourné, la courbe ramenée vers le cœur pour former un point d'interrogation retourné, formant la base d'une croix pour le moins étrange.
C'est avec une certaine appréhension que l'on place ce disque dans le lecteur. On ne sait pas à quoi s'attendre. Une oeuvre psychédélique qui sent la fumette à tous les niveaux ? Un album de hard crade qui sent le bourbon et le dessous d'aisselles ? De la musique ésotérique sans lien avec la réalité ? Pour couper court à toute discussion qui partirait en vrille, on peut dire qu'il y a un peu de tout ça dans cet album.
Dès le premier morceau, on est entrainé dans un hard rock'n'roll au son lourd, aux guitares acides surmontant une section rythmique assurée parles frères
Bouchard qui sait apporter un bon groove. Puis
Eric Bloom vient poser sa voix de façon très sèche, sur un ton presque acerbe. On devine toute la violence sous-jacente de ce titre et on se retrouve face à une composition bien menée mais qui ne va pas au bout des choses, faute à une production encore trop timide. On tient déjà le défaut principal de cet album. Pourtant, en 1972, Blue Öyster Cult a déjà une solide expérience scénique et des années de travail derrière lui. Mais pour l'instant, le groupe ne jouit pas de la production qu'il mériterait pour mettre toutes ses idées en forme, pour creuser des titres déjà fort intéressant.
Ainsi, on trouve ici du hard rock proche du heavy metal (Cities On Flame With Rock And Roll proche du Wizzard de
Black Sabbath, le compact Before The Kiss, A Redcap), des compositions plus rock mais teintés d'un certain mysticisme (Workshop Of The Telescopes, Redeemed), des ballades posées (Then Came The Last Days Of May, Screams) et on devine certaines des influences du groupe, comme Black Sabbath ou encore le
MC5 pour le côté très direct de la musique.
Pour l'époque, cet album est très aventureux, avec des compositions étranges aux mélodies rarement faciles. Blue Öyster Cult se forge déjà un son qui lui est propre, unique même dans l'histoire du hard rock en général. Il n'est pas aisé de rentrer dans l'univers musical du Cult, c'est un groupe dont les albums demandent plusieurs écoutes pour être assimilés, voire appréciés. Et ce disque éponyme instaure d'entrée de jeu cette règle. Un bon album bien ficelé, en total décalage avec les sorties de l'époque, mais qui souffre d'un manque de pêche évident de la production.