Si
Widow's Weeds est l’album qui révéla
Tristania dans ses débuts,
Beyond The Veil est sans conteste celui qui lui apporta la notoriété, et qui lui a permis d’être classé parmi les groupes emblématiques de métal gothique. Bien des raisons à ce succès ; mais d’abord la qualité des compositions de Morten Veland et du chant de Vibeke Stene.
Une fois n’est pas coutume, l’album commence par sa chanson éponyme. Elle débute sur un morceau de chant féminin inspiré de la musique du XVIIIème ; sans préavis, la batterie explose, accompagnée de la guitare et d’un chœur scandé. Un grognement de Morten Veland vient préluder à son chant death ; le chœur féminin l’accompagne, parfois prend le relais. Il utilise également par moment une voix « clean », normale.
Aphelion enchaine avec un solo de guitare ; c’est une de ces chansons où mélodies classiques et métal y sont imbriqués avec un réel art, et pas simplement collés entre elles avec plus ou moins de bonheur. Non, ici les deux types de mélodies ne sont pas dissociables ; au lieu d’illustrer l’antithèse entre les styles, ou la maladresse du compositeur, elle fait réellement la synthèse des influences. Bien peu de groupes de métal gothique y arrivent ; trop souvent on a l’impression d’écouter des chansons faites de brique et de broque, un assemblage de morceaux piochés un peu partout et cousus entre eux comme des pièces sur la chemise d’un mendiant.
Le chœur féminin revient en force dans
A Sequel of Decay, où le chant death ne fait que des apparitions brèves; par contre un chœur monastique, sur la fin, vient mettre une touche religieuse dans cette chanson typiquement gothique, qui ne parle que désolation et des mirages de l’âme…
Le côté death revient ensuite en puissance dans
Opus Relinque, growl comme on l’aime. Le chœur féminin continue de lui donner la réplique avec à-propos, dans un style tantôt rappelant vaguement l’opéra italien, tantôt monastique ; mais la voix black vient tout balayer dans une ultime charge.
Lethean River suit, plus sombre, plus gothique. Elle débute dans le style monastique sur les mots « Agnus Dei » chanté par Vibeke Stene, puis l’opposition reprend entre voix féminines et death ; mais l’équilibre penche nettement en faveur des voix féminines.
Malgré une intro un peu heavy,
… Of Ruins and Red Nightfall continue dans le même registre, avant
Symbelmine, une petite transition au piano.
Angina est un poil déconcertante. On y sent les prémices de
Sirenia, mais des bouts de chant grégorien et des vocales féminines un peu mozartiennes viennent s’y greffer. Elle rompt un peu la cohésion de l’album mais dégage plus d’énergie et de puissance que les précédentes.
Vient ensuite
Heretique, une piste où Vibeke Stene n’intervient pas. Elle est remplacée par une voix masculine épique, moins grave que les autres voix masculines, et jouant sur des tempos longs sur fond de blast beat Au finale on obtient une chanson un peu décalée, plutôt épique que gothique, mais excellente.
Enfin
Dementia vient conclure l’album. Les cuivres et le synthé produisent au début une curieuse petite mélodie argentée. Après quoi voix death et black viennent à leur façon nous souhaiter adieu et bon retour dans notre monde, bien loin de celui ou cet album nous a plongé.
Quelques mois après la sortie de cet album, Morten Veland quitta la formation pour « divergences musicales ». Il fonda son propre groupe,
Sirenia, et emmena avec lui beaucoup de l’âme de
Tristania…
Beaucoup de choses ont étés dites et écrites sur les raisons de ce départ ; ce qui est sure c’est qu’après le groupe ne fit plus preuve de la même rigueur ni de la même technicité.
Beyond The Veil… En français : derrière le voile. Pour comprendre et apprécier cette musique à sa juste valeur, il fallait aller au-delà des apparences. Voila qui peut ne pas plaire à tout le monde…
Il est tout de même triste de voir que les groupes de métal, arrivés à un certain point de notoriété, éclatent quasi systématiquement. Comme un arbre dont les branches sont devenus trop lourdes, et tirent chacune de leur côté…