Le rêve de
Nikki Sixx a toujours été de devenir une rock star. Il trouvait ça cool. Avoir toutes les filles à ses pieds, plonger son nez dans une coke gratos (enfin ça, il le découvrira plus tard...), le plan de vie idéal pour un type qui ne savait pas vraiment quoi faire d'autre. Quand il apprit qu'un groupe cherchait un guitariste, il décida de tenter sa chance sans savoir jouer... et en volant une basse (de son propre aveu, il n'y connaissait rien à l'époque et du moment qu'il y avait des cordes, ça devait être une guitare, non ? Non ?!? Ah bon...). Bref, après quelques errances de jeunesse, il fait ses armes au sein de London avant de former un groupe avec une bande d'hétéroclites, comme le définira
Mick Mars, apportant ainsi le nom du combo.
En effet, outre Sixx et Mars à la guitare, la formation se compose de
Tommy Lee à la batterie et de
Vince Neil au micro, embauché parce que Sixx a flashé sur sa coupe péroxydée. Bref, une sacrée bande de bras cassés sur le papier. Et pourtant,
Mötley Crüe aura quelque chose en plus, un look à rendre fou. Imaginez, en 1981, des mecs qui débarquent avec des coupes pas possibles, des fringues serrées, moulantes, des chaussures à talons aiguilles, qui affichent une attitude irrévérencieuse, héritée du punk, et qui montent sur scène pour livrer des prestations dantesques. Et musicalement, ça le fait, contre toute attente, malgré les a priori négatifs que le public pouvait avoir. Ces mecs ne le savaient pas encore, mais ils allaient donner un sacré coup de jeune à la scène US.
Quand leur premier album sort en 1981, sur un obscur label, Leathür Records, la pochette sera un argument de vente lubrique, un gros plan sur l'entrejambe de Vince Neil, clin d'oeil évident au Sticky Fingers des Rolling Stones. Elektra la gardera pour la réédition du disque en 1982, mais elle changera l'ordre des pistes et supprimera étrangement
Toast Of The Town. Autant vous dire que le tout premier pressage est à ce titre collector. Bref, déjà, ça attire l'oeil. C'est vulgaire mais le rock est par essence vulgaire... et c'est ce qui marquera de nombreuses productions des années 80.
Musicalement,
Mötley Crüe, sur cette première offrande, propose un disque farfelu, original. Les musiciens se transforment en barman et dans leurs shakers, ils mélangent punk, pop musclée et le big rock cher à
Van Halen pour produire un cocktail vitaminé et sec, à déguster sans modération. En aucun cas indigeste. Sixx en est le principal artisan, c'est lui qui composera la quasi totalité de l'album et ce qui frappe, c'est la simplicité des chansons. Des riffs qui vous tombent dessus comme une évidence, des refrains réduits à leur plus simple appareil, ce qui permet de les assimiler aussitôt, fédérateurs à en crever. En creusant un peu, on ne peut que constater à quel point c'est évident. Tommy Lee martèle ses fûts avec entrain, apportant énergie et groove, tandis que Mick Mars tricote tranquillement. Souvent rabaissé, le guitariste livre toutefois quelques soli dissonants bien pensés qui, sans en faire trop, apportent une plus value aux morceaux. Vince Neil est capable de belles prouesses mélodiques derrière le micro comme il peut se placer en mode canard et pratiquer un chant non maîtrisé qui sera une marque de fabrique.
Et même si toutes les compositions n'ont pas une senteur de hit, si des faiblesses se font clairement entendre ça et là, le groupe continue coûte que coûte. On fermera les yeux sur les faiblesses de
Public Enemy # 1 ou de
Starry Eyes, on pardonnera à Neil ses prononciations hasardeuses ou le fait qu'il soit parfois à la peine sur certains refrains (
Merry-Go-Round pour lequel il se rattrape heureusement sur le dernier wagon). Parce qu'à côté, il y a des tubes en puissance. Et on s'en cogne que tube soit limite un gros mot dans l'esprit de certains, parce qu'il n'y a pas mieux pour décrire la chanson titre ou le formidable
On With The Show pour lequel Neil s'arrache la voix sur le refrain.
Too Fast For Love n'est pas un album parfait et ce n'est pas ce qu'on lui demande. C'est juste une baffe, un moment de fun incontrôlé où les refrains sont repris en choeur sans qu'on s'en rende compte. Un plaisir simple, accrocheur, qui sent le sexe, le rock et la sueur. On en redemande, on en devient son esclave. Et dire que le groupe n'en était qu'à ses débuts et que
Shout At The Devil allait être un autre aller-retour dans le tronche... Effrayant.