Soyons franc.
Too Fast For Love avait tout du disque sympathique et plaçait
Mötley Crüe dans la position du groupe-qui-a-pondu-une-bonne-surprise-et-qui-est-attendu-au-tournant. Une position pas forcément avantageuse.
Nikki Sixx le comprend très bien et annonce bien vite la couleur : Shout At The Devil sera l'album de tous les superlatifs et si Nikki le dit...
Proposant toujours un heavy rock efficace, nos quatre permanentés, plus que jamais guidés par Nikki Sixx, sortent un deuxième album qui fera l'effet d'une bombe. Shout At The Devil, c'est Too Fast For Love en plus méchant, plus violent, plus sombre également, un disque dur qui déborde d'énergie.
Vince Neil chante toujours comme un canard, mais qui d'autre pourrait s'égosiller sur un Looks That Kill ou sur Too Young To Fall In Love comme il le fait ? Et cette reprises des
Beatles, ce Helter Skelter des familles qui connait ici les joies d'un lifting réussi et ce sans subir les tarifs de Nip/Tuck, qui d'autre aurait pu la rendre aussi salement jouissive ?
Mick Mars se dévoile comme un guitariste étonnant. Souvent accusé d'être un piètre musicien, il porte les idées de Sixx à la six cordes à la perfection, avec cet accordage en ré qui donne un rendu plus heavy aux compositions. Il s'illustrera même sur un court musical étonnant, God Bless The Children Of The Beast calme et tout en nuance, unique plage de repos de cet opus composé des brulots venus tout droit d'un enfer satiné. Des références plus classiques comme
Mott The Hoople ou
Slade, on peut également penser à
Kiss pour le look outrancier et l'utilisation du maquillage, ainsi que dans les lourdes rythmiques amenées par Nikki Sixx et surtout
Tommy Lee à la batterie.
Alors oui, on déguste sévèrement avec des morceaux bien speed (Red Hot...) ou d'autres plus heavy et dangereusement attractifs (Too Young To Fall In Love, Ten Seconds To Love), on participe à la rébellion en scandant les paroles de Knock'Em Dead Kid qui est un bras d'honneur à la police de LA avec laquelle le groupe s'est sérieusement fritté. On entre dans un univers classique des années 80 avec ses fausses blondes pulpeuses et aux actrices de porno qui en redemandent, un univers qui sera souvent associé à Mötley Crüe qui reçoit là ses lettres de noblesses.
Plus de vingt ans plus tard, Shout At The Devil (qui aurait du s'appeler à l'origine Shout With The Devil) n'a plus ce côté choquant qui le nimbait à l'époque, on a vu pire depuis, faut pas pousser mémé dans les orties, surtout quand elle n'a pas de culotte, faut être logique, quoi... Mais pour peu qu'on aime le hard rock sévèrement burné où le heavy metal, on peut passer un excellent moment avec cet opus qui aura suscité bien des vocations. Sex, drugs and rock'n'roll. Yeah baby !