Après un petit EP pour présenter les nouveaux membres du groupe (
Joey Belladonna au chant et
Frank Bello à la basse), il était temps pour
Anthrax de donner un vrai successeur à l'énervé Fistfuls Of Metal et pour inaugurer leur nouveau contrat avec la major Island.
En 1985, les contours du thrash commençaient à être plus clairs.
Metallica avait dicté les règles sur l'impressionnant
Ride The Lightning,
Slayer se parait d'une cape de noirceur en développant un satanisme d'opérette sur les pochettes et dans les paroles, allié à une musique très malsaine pour l'époque,
Megadeth se la jouait bruitiste avec Killing Is My Business tandis qu'
Exodus pointait le bout de ses riffs. Au milieu de tout ça,
Anthrax formait une école à part. Déjà, au niveau du style vestimentaire, bermudas et casquettes, ça fais plus hardcore que metal. Ensuite, le groupe pratique une certaine forme d'humour, une volonté de ne pas se prendre au sérieux déconcertante aux premières écoutes mais qui s'assimile assez facilement.
Par rapport au premier opus, on sent toujours ce rapport au heavy metal des familles surtout que les tempos sont ici ralentis. A côté de brulots thrash sans concession (
Aftershock,
A.I.R...) évoluent donc des titres moins abrasifs, où le chanteur peut pleinement faire valoir ses qualités mélodiques (
The Enemy,
Medusa...). En effet, Joey Belladonna possède une voix assez aiguë, originale dans le domaine du thrash. Cet avantage, qui permet au groupe d'accentuer son côté mélodique, devient en revanche un défaut sur certains passages plus énervés où le chant est un peu faux. Inutile d'en faire une maladie, cela fait partie du charme de cette galette.
Les New Yorkais glissent également une pointe de hardcore dans leurs propos, au détour d'un break où des choeurs sauvages sont beuglés sèchement (
Aftershock). Il ne faut pas oublier que
Scott Ian et
Charlie Benante sont deux des artisans du crossover avec S.O.D, aussi est-il normal de ressentir cette influence de temps à autres, saupoudrée ça et là afin de revitaliser une composiiton au moment opportun.
Anthrax a donc ralenti le tempo et n'affiche plus sa colère. Il se fait narquois et sardonique, comme sur l'excellent
Madhouse, hymne en puissance de l'album et grand moment durant les concerts, avec cette intro digne de la meilleure cellule capitonnée. Il se montre également plus ambitieux, comme sur le formidable
Armed And Dangerous, le meilleur titre, qui commence comme une douce balade acoustique avant que Benante ne vienne pilonner ses fûts, faisant signe aux autres d'envoyer la purée : riff d'une rare violence, refrain puissant, on ne s'en remet pas tout de suite et on savoure.
Malheureusement, contrairement à d'autres groupes thrash de la même époque, le son d'
Anthrax sonne irrémédiablement daté, estampillé années 80. Forcément, de nos jours, ça semble plutôt inoffensif et dénué d'intérêt, sauf si l'on est un fondu du style.
Spreading The Disease est un très bon album, fun et vindicatif à la fois, témoin de la mue d'un groupe en devenir. Pas toujours très régulier, mais honnête, ce disque est une étape importante dans la carrière du groupe et l'un de leur meilleur opus des '80.