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Chronique de To Hell With God

Deicide  - To Hell With God (Album)

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Le Vatican et ses ouailles n'ont plus à trembler



Deicide fait aujourd’hui figure, au même titre que Morbid Angel ou Immolation, de véritable patriarche du Death Metal originel, et l’une des vertus que l’on pourra incontestablement porter au crédit de Glen Benton et de ses sbires, c’est bien la constance. Une opiniâtreté doublée d’une intransigeance musicale et conceptuelle qui semble à jamais inébranlable, car depuis sa formation en 1989, la horde satanique est en effet restée indéfectiblement attachée à une conception personnelle et sans compromis du métal de la mort.

Si l’on conviendra que sa musique, immédiatement identifiable, a très vite fait l’unanimité parmi les adeptes de violence auditive de l’époque, on admettra également qu’en dépit de l’excellence manifeste de ses premiers opus, le groupe a créé l’engouement quasi-général, en partie grâce à la nature grand-guignolesque, ambiguë et délibérément provocatrice de son charismatique leader. Bien que le personnage ait quelque peu tempéré ses ardeurs au fil du temps, celui-ci se plaisait en effet à engendrer les polémiques et à susciter la confusion auprès des fans et des médias, par sa verve vindicative amplifiée à coup de propos primesautiers aussi théâtraux que légendaires. Une attitude et des frasques ayant grandement contribué à façonner la renommée sulfureuse de la formation, mais ne constituant plus aujourd’hui, et fort heureusement d’ailleurs, un argument commercial essentiel.
Ne reste donc que l’aspect strictement musical et émotionnel, et en ces termes, force est de reconnaître que le "tueur de Dieu" semble présenter à nouveau de sérieux symptômes d’essoufflement créatif.

Longtemps doté d’un line-up exceptionnellement stable, il a pourtant lui aussi subi de plein fouet les affres de la discorde et des dissidences internes puisque les frères Hoffman quitteront la confrérie en 2004, après tout de même quinze ans de loyauté et un Scars Of The Crucifix en demi-teinte, peinant à se hisser au dessus des calamiteux Insineratehymn et In Torment In Hell. Depuis la défection des deux guitaristes, le groupe était pourtant parvenu à redresser la barre, l’intronisation de l’ex Cannibal Corpse Jack Owen et du virtuose Ralph Santolla (ex Death, Iced Earth, Sebastian Bach & Friends…) ayant insufflé un sang neuf salvateur qui s’était manifesté par un regain d’énergie et d’inspiration. Le touché fluide et beaucoup plus fin de Santolla apporta en effet une indiscutable plus-value à la texture des morceaux, en particulier sur les leads. Débordant de consonances presque Heavy Metal, ceux-ci apparaissaient bien plus sophistiqués et aérés que par le passé.
Ainsi, si The Stench Of Redemption surprenait par sa fraîcheur mélodique inédite, si le suffocant Till Death Do Us Part s’illustrait par son caractère pesant, étonnamment morbide et totalitaire, cette nouvelle impiété bon enfant renoue quand à elle avec un esprit bien plus fade et convenu, et nous remémore désagréablement l’époque peu glorieuse où le groupe fréquentait les lieux communs d’une musique sans âme, et s’embourbait dans les marécages de l’insipide.

Marquant son arrivée au sein de l’écurie Century Media, To Hell With God provoque ni plus ni moins l’effet d’une douche froide, et ne s’annonce assurément pas comme un futur classique du genre.
Paré d’une production moderne, puissante mais atrocement clinique et commune, le disque dévoile un groupe repartant tête baissée dans ses fâcheux travers, à savoir marteler bêtement l’auditeur avec une profusion de plans d’une bovinerie rébarbative. Outre une exécution ne souffrant certes d’aucun reproche et des compositions renouant avec une certaine virulence instinctive, que l’on pourrait interpréter comme étant significative d’une résurgence de combativité, on ne peut qu’être dubitatif et blasé à l’écoute de ce bloc homogène et indigeste, qui sous ses apparences faussement revanchardes et le retour d’une certaine spontanéité dans l’écriture, impose irrémédiablement à notre esprit incrédule sa lassitude accablante.
Les morceaux s’enchaînent durant trente cinq minutes sans évoquer la moindre petite émotion : les lignes de guitares sont affreusement convenues, il n’y a pas un riff qui n’ait déjà été mille fois entendu en mieux dans la discographie des floridiens; loin de disposer d’un feeling renversant, la batterie de Steve Asheim se montre comme à l’accoutumée précise et véloce mais n’inclut que trop peu de subtilité; la basse détient une fois de plus un rôle purement figuratif dans le mix; les solos, malgré leur virtuosité, s’illustrent par leur manque de pertinence et leur aspect artificiel, se résumant pour la plupart à de simples démonstrations ornementales. Autrefois impressionnantes, même les éructations gutturales de l’Antéchrist Benton semblent également accuser le poids d’un cruel manque de détermination, pour ne pas dire de conviction.

On notera toutefois ça et là quelques minces trouvailles encore intéressantes, quelques bribes harmoniques faisant dresser l’oreille, quelques riffs vaguement percutants, mais se retrouvant systématiquement dilués dans la redondance d’une monotonie tourbillonnante. De fait, l’ensemble ne peut pas même prétendre pallier à ce manque global de saveur par la plus simple et banale efficacité primaire, car cette vacuité générale fait naître un ennui, qui finit par recouvrir entièrement l’insignifiance de cet album d’un voile d’indifférence.

Si Deicide est pendant un temps parvenu à maintenir l’illusion, il se vautre ici lamentablement dans une auto-parodie de bien mauvais goût, et révèle de façon éclatante ses carences en termes d’inspiration en livrant un disque comme toujours impeccablement exécuté, mais sans prétention, sans ambition, prévisible au possible, et qui surtout n’apporte strictement rien à sa carrière et encore moins au Death Metal lui-même.
To Hell With God dresse plus que jamais le triste bilan d’un groupe qui puise visiblement dans ses dernières réserves, et qui donne hélas l’impression d’appartenir au passé. Un groupe qui malgré ses quelques sursauts de lucidité, demeure dans l’incapacité de se renouveler, et dont la quintessence artistique s’est manifestement exprimée par le seul biais de sa remarquable première trilogie… Dans ces conditions, pourquoi continuer à s’obstiner ?



Une chro en (7/10)
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Commentaires


Voir les 1 commentaires précédents
Évidemment, cet album est loin d'être parmi les grands du death mais je lui mettrais davantage une note de 6 voire 6.5/10. Enfin, ce n'est que mon avis, cher Neptune ;)
lun. 21 mars 11- 19:35  
Bien entendu, la chronique ne reflète que mon opinion, et je peux comprendre que d'autres soient plus magnanimes avec cet album. Mais comme je tente de l'expliquer, je crois sincèrement que le groupe est vraiment à bout de souffle, et essaie seulement de masquer son manque d'inspiration en repartant dans une direction plus virulente, mais à des années lumière de ses débuts.

C'est d'autant plus regrettable que les deux opus précédents montraient un groupe ayant encore des choses à dire. Deicide commençait à retrouver des couleurs avec une approche inédite et très intéressante (mélodique pour The Stench Of Redemption et plus noire sur Till Death Do Us Part...).

mar. 22 mars 11- 11:10  
Oui je comprends ce que tu veux dire, car je n'ai pas écouté tous leurs albums donc j'ai certainement dû louper quelques perles. Par rapport à ce qu'ils ont fait avant, cet album laisse penser que le groupe tourne en rond en gros et qu'ils n'arrivent plus à renouveler le genre.
mar. 22 mars 11- 17:54  


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