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Chroniques :: Chronique de Stomp 442

Chronique de Stomp 442

Anthrax  - Stomp 442 (Album)

La guerre des fans



Mine de rien, John Bush était certainement ce qui était arrivé de mieux à Anthrax depuis Among The Living. Au moins. Il faut dire, le groupe avait pris un virage plus sérieux avec Persistence Of Time en 1990 et Joey Belladonna, avec son air guilleret permanent et l'humour qu'il dégage sans discontinuer (sans oublier le fait qu'il chante un peu faux quand même) commence à être hors du coup. Aussi, quand le chanteur est viré, les fans tirent la tronche et peu de visages se décrisperont à la sortie du magnifique Sound Of White Noise emmené par le bouillonnant John Bush, un ancien Armored Saint. Rien à voir avec la famille d'une lignée de président calamiteux. Sound Of White Noise, c'est un peu l'image d'un Anthrax adulte et maître de lui, qui se paye le luxe de sortir un album immense, même s'il aura toujours moins de répercussions qu'un Among The Living ; certains pensent d'ailleurs se trouver là face à l'une des plus grandes injustices du metal (à juste titre).

Alors Anthrax retrouve l'envie et paradoxalement, perd une partie de son public. Stomp 442 paiera cher cet état de fait. C'est un Anthrax new look qui débarque en 1995, avec un John Bush qui ressemble non pas à son W d'homonyme, mais à Bruce Willis, et amputé d'un membre. Pas Bush, le groupe. En effet, le guitariste Dan Spitz a décidé de mettre les voiles, trouvant Belladonna plus cool que Bush et n'appréciant pas la nouvelle orientation musicale d'Anthrax.

Parce que les Américains ne sont pas stupides. Ils se rendent bien compte que le monde musical, notamment celui du metal, est en pleine mutation et surtout que le thrash n'est plus en odeur de sainteté, pas assez puissant pour tenir la dragée haute au death qui vire de plus en plus extrême, pas assez novateur pour lutter contre l'ascension inéluctable du neo. Le thrash, style conservateur par excellence, est alors sur le déclin. C'est pour ça que cet album sonne aussi hardcore et heavy. La batterie se taille toujours une belle part, puissante, robuste, la guitare de Scott Ian n'est plus saccadée mais étrangement fluide et acérée, sans être désagréable. Certains courts soli sont assurés par Dimebag Darrel, de façon discrète. Plus de démonstration, plus de bavardage parfois inutile. Anthrax est ici très carré, plein d'une énergie punk (écoutez bien les premières secondes de Perpetual Motion, on croirait une intro typique de groupe de punk anglais de la fin des '70), quelque fois volontairement dissonants par des effets de guitare ravageurs. Une musique repensée et alors moderne. Anthrax tourne le dos aux années 80 et tend la main à ses fans. Pour récolter pas mal de crachats.

Et Bush dans l'histoire ? Il est impérial derrière le micro. Il chante juste et s'implique pour s'imposer. Cela en devient même physique. Il apporte une pêche nouvelle qui ne suit aucun formatage ; il vit la musique, la restitue avec son corps, sa force, sa détermination et c'est très fort. On sent toute son implication sur des morceaux comme Random Acts Of Senseless Violence, Riding Shotgun ou American Pompei, au hasard. J'aurai pu en citer d'autres, moins évidentes au premier abord, logiques dans le raisonnement. Avec les paroles intelligentes qui posent un regard sévère sur la situation intérieure des USA, Stomp 442 n'a pas à décevoir, à tous les niveaux. On peut vaguement s'interroger sur la ballade Bare, étrangement country, étrangement décalée, pas franchement dans le ton du disque et qui amène un final plus frais, pas franchement exceptionnel.

Avec cet album, Anthrax pensait revenir dans la cour des grands. Ce ne fut pas le cas vu l'échec de Stomp 442. Un échec absolument injuste. Les fans ont des passions que la raison ignore. Ils préfèrent un groupe qui serait allé à sa ruine en conservant un chanteur ne permettant aucune évolution saine, dans un genre qui se met facilement des barrières... Ceux qui ont apprécié le changement sont souvent regardés comme des extra-terrestres. Stomp 442 est un très bon album, pas forcément brutal mais ingénieux et bien construit, qui aurait mérité de faire carrière. Peut-être que s'il avait été simplement thrash et avec Belladonna... ?

 6 
10

Vicissitudes métalliques



Anthrax appartient indiscutablement à ces groupes qui ont laissé une trace dans l’histoire de la musique massacrante comme la gifle laisse une trace sur la joue. Non contents d’être parmi les pionniers du métal qui lamine au début des années 80 en compagnie de Slayer, Megadeth et Metallica, ils sont également les puissants précurseurs de la fusion (hautement improbable à l’époque) entre rap revendicatif et thrash rageur (le mythique et métallique "Bring the Noise" avec Public Enemy). C’est également un groupe qui a su aligner avec autant de bonheur que de brutalité une liste impressionnante de classiques comme "Caught in a Mosh", " I am the Law", "Indians", "Efilnikufesin", "Got the Time", etc.
On pourrait donc a priori penser que ces concasseurs d’oreilles n’ont absolument plus rien à prouver.
Ce serait aller un peu vite en besogne.
En 1995, l’ouragan du grunge est passé par là et a totalement changé la donne décibélique.
Les gloires des années 80 sont désormais les ennemis à abattre.
Il s’agit donc pour Anthrax de s’adapter et de survivre.
Pourtant, le groupe a déjà prouvé qu’il était capable d’évoluer.
En effet, depuis l’album Persistence of Time, celui-ci à amorcé une mutation musicale qui, si elle n’est pas du goût de tout le monde, a au moins le mérite de ne pas figer totalement le groupe dans les formules et les facilités d’un thrash 80's révolu.
L’heure est à plus de sérieux et moins d’entertainement.
Sound of White Noise, sorti en 1992, premier album avec John Bush au micro, déroute donc plus d’une paire d’oreilles en donnant l’image d’un groupe mature voire même un peu sombre, à mille lieues de ses premières incartades discographiques plus orientées bande-dessinées et films de séries B.
Ces éléments connus, on peut sans peine imaginer que Stomp 442 représente en 1995 un tournant important dans la carrière d’Anthrax.
Stomp 442 sera-t-il l’album qui fera revenir les thrashers new-yorkais au premier plan de la scène métallique ?

Pour atteindre cet objectif, Anthrax n’a pas hésité à en appeler aux hérauts du renouveau du métal en ce mitan des années 90 : Dimebag Darrell, imbibé et inspiré six-cordiste de Pantera vient donc lacérer les compositions du groupe de ses soli aussi déstructurés qu’électrocutés ("King Size", "Riding Shotgun").
Bref, sur le papier tout est réuni pour que l’auditeur de thrash lambda se fasse botter les fesses et éclater la cochlée dans les grandes largeurs.
Qu’en est-il en réalité ?
Force est de constater que cela commence plutôt bien.
En effet, "Random Acts of Senseless Violence", morceau qui ouvre l’album, démarre sur les chapeaux de roues : dès les premières secondes, on se heurte à une véritable muraille sonore au groove des plus contondants sur laquelle le sieur Bush pose une ligne vocale tout en puissance et en passion.
Quelques refrains furieux et un solo habité plus loin, presque à l’article de la mort, nous avons eu l’impression de passer sous la semelle d’un titan de métal qui a chargé au pas de course.
Pour notre plus grand bonheur, la punition rythmique et mélodique continue avec "King Size" et "Fueled", deux morceaux qui se révèlent être de véritables usines à gifles, remplis jusqu’à la gueule de guitares-massues et de doubles pédales-uppercuts.
Jusque-là, Stomp 442 tient plutôt bien ses promesses et on se plaît à imaginer que si tous les morceaux de l’album sont bâtis sur le même modèle, on tient là un chef-d’œuvre de thrash direct.
Pourquoi cela ne serait-il pas le cas ?
Tout d’abord, Scott Ian, la rigueur faite riff est en grande forme : sur tous les titres, il montre une puissance et une infaillibilité impressionnantes. Sa guitare est un piston implacable qui ne semble connaître aucune défaillance ("Fueled" est un exemple flagrant).
Ensuite, John Bush se distingue par un chant totalement en phase avec le propos très rentre-dedans du groupe : qu’il évolue dans le registre gorge-papier de verre ("Riding Shotgun") ou dans la puissance retenue ("American Pompei"), le remplaçant de Joey Belladona fait montre d’une grande maîtrise et, par moments, le ferait presque oublier.
Enfin, la production des Butcher Brothers, racée, massive et puissante rend le groupe semblable à une implacable machine à brutaliser.
Malheureusement au bout des onze chansons qui forment Stomp 442 notre sentiment aura bien évolué.
Ce disque est-il mauvais ?
Non.
Ce disque est-il bon ?
Pas davantage.
C’est juste un disque inégal.
En effet, on observe une différence notable de qualité d’une composition à l’autre : si Anthrax sait toujours concocter des hymnes instantanés ("Fueled", "Riding Shotgun"), il ne sait, en revanche, pas toujours s’extraire des sables mouvants de morceaux lents ou mid- tempo sans véritable personnalité ("Perpetual Motion"," In a Zone").
On peut également être irrité par l’attitude copier/coller hardcore que met en avant le groupe sur cet album et qui n’apporte rien à leur propos et qui aurait même tendance à le desservir ("In a Zone").
Le reproche principal que l’on pourrait adresser à cet album d’Anthrax serait son manque de cohérence interne. Après nous avoir laissé espérer au début une enfilade de parpaings sonores, l’album sombre rapidement dans le mid-tempo fadasse et énervant, même si, de temps en temps un ou deux morceaux jouent le rôle de coups de fouet salvateurs ("Riding Shotgun", "American Pompei"). Reste que la pseudo-power ballade" Bare" en fin de disque constitue une faute de goût absolument impardonnable tant elle fait sombrer l'oeuvre entière dans l’inconsistance.

Stomp 442 aurait pu être un véritable coup de génie métallique, mais, au final, il ne se révèlera que moyen.
Il aurait été souhaitable que le groupe adopte sur toute la longueur de cet album l’attitude radicale et sans compromis qu’il montre dans "Random Acts of Senseless Violence". On aurait justement aimé avoir un peu plus l’impression d’être rudoyé durant notre écoute.
Au final, on se rend compte qu’Anthrax, ayant trop voulu se reposer sur son savoir-faire est tombé dans le piège des vieux briscards bourrineurs : forcer le respect sans jamais susciter l’admiration.
A noter, qu’après ce disque, le groupe a été débarqué par sa maison de disques.
L’époque ne tolérait pas la demi-mesure.
Ce fut la grande erreur d’Anthrax d'avoir voulu ignorer cela.



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Commentaires


Un album très solide et très agréable à écouter. Même note, 8.5 pour moi aussi. Je préfère de toute façon largement John Bush à Joey Belladona; bien que les albums avec ce dernier soient aussi très bons, mais ce n'est pas le même style. Le Anthrax de Bush est plus carré, plus fluide, plus solide.
mar. 25 nov. 08- 00:09  
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Stomp 442 - Infos

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Infos de Stomp 442
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Sortie : 24 octobre 1995
Genre : Speed/Thrash, Groove Met
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. Random Acts Of Senseless Violence (04:03)paroles de Random Acts Of Senseless Violence
2. Fueled (04:02)paroles de Fueled
3. King Size (04:00)paroles de King Size
4. Riding Shotgun (04:27)paroles de Riding Shotgun
5. Perpetual Motion (04:21)paroles de Perpetual Motion
6. In A Zone (05:07)paroles de In A Zone
7. Nothing (04:34)paroles de Nothing
8. American Pompeii (05:31)paroles de American Pompeii
9. Drop The Ball (04:59)paroles de Drop The Ball
10. Tester (04:22)paroles de Tester
11. Bare (05:30)paroles de Bare
écouter : Ecouter l'album

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