Altars of Madness, premier véritable opus des américains de
Morbid Angel, possède une histoire qui demeure, malgré tout, assez atypique. La genèse de cette album précurseur, si elle fut complexe, démontre admirablement la nature exigeante de son âme noire fondatrice, le guitariste Trey Azagthoth. Mais elle témoigne aussi remarquablement de son caractère résolument déterminé.
Sur une première démo produite par David Vincent, Abominations of Desolation, sortis loin des circuits traditionnels en octobre 1986, Trey, tentaient de violenter un Death Metal naissant en le repoussant vers des contrées aux noirceurs plus ténébreuse, à la brutalité plus belliqueuse et l'atmosphère plus malsaine encore. Il nous promettait ainsi, aidé par quelques autres, d'enfanter une nouvelle ère de dévotion en redéfinissant déjà les commandements d'une mouvance pourtant à peine éclose. Si cette première production trouva l'écho d'un engouement unanime auprès des nouveaux adeptes de ce metal de la mort encore balbutiant, la qualité de son contenu ne satisfit guère son créatif. Considérant le premier pas de son ange morbide comme approximatif, l'artiste perfectionniste va, très vite, le renier. Il se sépare alors de ceux qu'il juge coupable de cette hérésie, Sterling Scarborough et Mike Browning.
A cet instant, Trey et Richard Brunelle aux guitares, sont donc les seuls rescapés d'un ange morbide agonisant.
David Vincent, le producteur de cette première démo désastreuse, va alors prendre une importance cruciale au sein du groupe. Ce dernier va, en effet, devenir le chanteur, bassiste de cette entité et recruter un batteur en la personne de Wayne Hartsell qui, après une énième démo, Thy Kingdom Come sortis en 1987, sera finalement remplacé par Pete Sandoval. Altars of Madness, sort donc en 1989, sur le label anglais Earache Records.
Que dire d'un tel méfait sans immédiatement tomber dans l'expression d'une vénération justifiée? Que dire si ce n'est qu'avec ce premier chef d'oeuvre,
Morbid Angel va fièrement définir certaines des lois sévissant aujourd'hui encore dans le milieu? Que dire au delà de l'excellence de ces titres où David Vincent de sa voix superbement éraillées et caverneuse éructe une haine quasi palpable, où Pete Sandoval impriment des cadences remarquablement furieuse dont certains disent qu'elles sont l'expression des premiers Blast-Beat et où Trey Azagthoth et Richard Brunelle exhibe tout l'étendue de leurs ténébreux talents en des riffs et des soli inaccoutumé pour l'poque? Que dire de ces ambiances merveilleusement malsaines et blasphématoires? Que dire, en fait, sinon que tout y est déjà.
Pour se persuader de cette excellence, il suffira d'écouter les incontournables, et intemporelles, Chapel of Ghouls aux mélodies entêtantes, mais aussi Lord of all Fever and Plague, Maze of Torment, des titres à la férocité délicieuse et aux breaks remarquables, ou encore un Bleed for the Devil à la brutalité sans concession. Pour s'en convaincre définitivement, il suffira de s'immerger dans n'importe lequel de ces titres cultes.
Altars of Madness est donc la première véritable expiration putride somptueuse d'une créature qui, au fil du temps, deviendra plus majestueuse encore. Il ne fait aucun doute que
Morbid Angel restera dans l'histoire comme l'un des plus remarquables précurseur du genre. Et au delà de cette évidence objective, il y a celle, plus subjective, de votre modeste serviteur qui considère que nul, parmi ces formidables pionniers, n'aura, jusqu'à ce jour, défendu plus fièrement et plus dignement la bannière du Death Metal. Ce disque, que dis-je, ce chef-d'œuvre est donc tout bonnement indispensable à tout adeptes du genre, pour peu qu'ils soient désireux d'en comprendre l'historique.