Après un premier album quasiment instrumental (à deux exceptions près), Malmsteen remet vite le couvert après avoir quitté Alcatrazz avec ce Marching Out qui se veut plus une approche classique du heavy metal qu'un disque qui joue dans la prouesse technique. Il n'est donc pas étonnant de se retrouver face à un album proche de ce qu'aurait pu être
Rainbow si la bande à
Ritchie Blackmore avait poursuivi dans la veine classieuse d'un Rising (d'ailleurs, n'y a-t-il pas un pont entre cet opus remarquable et la dénomination Rising Force si chère à ce Malmsteen ?).
Du coup, si on a particulièrement adhéré au discours du maestro sur le premier LP, on risque de ne pas accrocher de la même façon à celui-ci, même si dans le fond, on a à faire à un bon disque de heavy metal soigné, aux soli dévastateurs de feeling et de classe. Mais en sacrifiant les longues pistes pour entrer dans une espèce de calibrage, Malmsteen ne se fond-il pas dans une espèce de moule que l'on ne trouvait pas sur le délicat Rising Force ? Est-ce que ce qui faisait que l'on appréciait ce disque ne provenait pas justement de ces longues plages instrumentales où le prodige suédois adaptait des oeuvres nés de la musique classique à la sauce metal avec une facilité et une justesse tout bonnement déconcertante ?
Du coup, ici, huit titres sur onze sont chantés. Avec brio, il en va de soit, c'est
Jeff Scott Soto qui assure derrière le micro et de révélation, il est passé au rang de valeur sûre du genre. Il s'impose encore une fois avec classe, même s'il doit se battre avec la guitare de Malmsteen pour réellement se mettre en valeur. Les frères Johansson, Anders à la batterie et Jens aux claviers assurent de bonnes parties. Le premier a un jeu nettement plus varié que celui auquel on aura malheureusement droit avec
Hammerfall tandis que le second est parfaitement à l'aise avec les ambiances et les duels avec son patron. La symbiose est parfaite. Et pour compléter "l'esprit de groupe", formulation un peu pompeuse quand on l'associe avec le guitariste connu pour sa suffisance, on retrouve un certain
Marcel Jacob à la basse, la quatre corde étant auparavant assurée par Malmsteen himself.
Ensuite, oui, l'instrumental prend moins de place. Les soli sont toujours dans une veine néoclassique, ils prennent beaucoup de place, mais il manque un truc. Un déclic qui fait que ce disque puisse paraitre aussi indispensable que son grand frère, de la sensibilité, une approche plus pure de la musique. Ce que ce Marching Out, calibré heavy metal sans concession n'a pas forcément, avec déjà une tendance à flirter timidement avec des sonorités plus FM, sur certains refrains, à cause de certaines sonorités issues du clavier qui, Jens Johansson ou non, sont tout de même franchement datées (nous sommes après tout en 1985 et la technologie dans ce domaine avait encore de gros progrès à faire).
On ne peut pas franchement reprocher à Malmsteen de sortir un véritable disque de heavy metal, comme on ne peut pas rester tout à fait neutre quant à la direction choisie. Quoiqu'il aurait fait, il aurait eu des détracteurs. Entre un branleur de manche et un scribouillard du metal, il a fait son choix, en se plaçant plus entre les deux qu'en prenant une décision claire et tranchée. Ensuite, on appréciera tous ce disque pour des raisons différentes. Certains le préfèreront au premier car plus lourd, plus entier, d'autres lui reprocheront de ne pas être aussi subtile que Rising Force. Make your choice comme disent les rosbifs. Il n'empêche de Marching Out aurait mérité un traitement peut-être plus complexe.