Quand on appelle un disque
Album Of The Year, il y a forcément quelque chose d'un peu présomptueux derrière. On se souvient de
Faith No More en 1997 qui avait intitulé son dernier opus ainsi pour une semi-déception. Aussi, quand
Skew Siskin arrive avec un album portant ce titre, ça a gloussé sévère.
Skew Siskin, mais si, vous savez, les Allemands menés par (la ravissante)
Nina C. Alice, espèce de punkette destroy à la voix renversante, le groupe protégé par
Lemmy en personne ! Oui, Lemmy de
Motörhead, pour ceux qui prennent le train en marche.
D'ailleurs, sur la pochette, même Nina a l'air étonnée. Et pour couper court à toute spéculation, ce n'est pas l'album de l'année, non. Mais ça reste un bon petit brûlot de rock'n'roll boosté d'influences punks et d'autres, plus modernes, un peu electro sur les bords. Le rapport avec
Motörhead est toujours très présent, dans la façon dont la guitare taille dans le vif du sujet, dans la façon qu'à la basse de ronfler, dans le chant terriblement rauque de Nina qui vient caresser les tympans et envouter d'une façon très particulière. Les amoureux de voix féminines peuvent être étonnés s'ils n'ont pas l'habitude. A une époque où les clones de
Tarja pullulaient un peu partout en Europe, Nina C. Alice est un véritable bol d'air frais, tout en rage contenue et une force de caractère hors du commun. On pense à un mélange entre le regrettée
Wendy O'Williams et
Skin de Skunk Anansie et le résultat est tout simplement agréable à l'oreille.
Bien entendu, ce groupe s'apprécie franchement dans ses compositions les plus explosives. Dès le très punk
We Hate on est pris à la gorge par un groupe qui joue fort, qui joue bien et mord fermement le mollet. Pire qu'un roquet. Impossible de s'en débarrasser, la mélodie très simple, presque binaire, reste parfaitement en tête, le refrain martelé savamment est une évidence même. Pas la peine de chercher midi à quatorze heure, c'est du jouissif. On apprécie aussi la vision plus rock'n'roll que
Skew Siskin sait imprimer à certains morceaux qui deviennent pour le coup carrément tubesques (
Shake Me,
Goddess...), le tout ponctué de petits soli fort sympathiques, dans la logique d'un
Motörhead justement.
Mais il ne faut pas croire que
Skew Siskin ne sait faire que du rock'n'roll basique. Il explore souvent des directions plus particulières, teintées de samples electro dont le rendu peut faire bizarre entre deux tueries, les tempos se ralentissent alors et la guitare se fait plus posée, même si la révolte fini souvent par gronder. Le groupe se fend également d'une ballade,
War And Peace Song où la voix rauque et éraillée de Nina C. Alice fait des merveilles. Impossible de ne pas ressentir toute la sensualité qui s'échappe d'elle à chaque refrain. Impossible. Une ballade toute simple, mais quel bonheur...
Mais bon, sur quatorze titres, on trouve tout de même du bouche trou et du remplissage, ce qui casse un peu l'ambiance. On pense dans ce cas à
Another Good Man ou à
Lips qui n'apportent pas grand chose à l'ensemble et qui donnent des coups d'arrêts à de belles séries de compositions en tout point remarquable.
Skew Siskin pêche peut-être par orgueil, mais deux ou trois titres en moins, moins de samples et peut-être qu'ils nous le pondaient, l'album de l'année...
Cet
Album Of The Year fait comme celui de
Faith No More : il a un titre mensonger et du coup, déçoit un peu. Mais à la différence de FNM,
Skew Siskin réussit à rendre une copie bien plus satisfaisante. Un très bon disque, pour ceux qui aiment le rock'n'roll comme l'aime Lemmy. Les autres peuvent passer leur chemin. Mais c'est dommage !
Oh ! Nina, ça fait depuis 1999 que chaque fois que je chronique un des albums de
Skew Siskin je te demande en mariage, direct, comme ça, soyons fous ! Toujours pas d'accord... ? Snif...