Cet article n'a pas été écrit par un membre de l'équipe officielle de Metalship, et n'engage donc que son auteur, pas la rédaction du webzine.
La baffe du moment!! personne n'anticipe le coup cette intro "The End Of Everything", avec son piano en trompe l’œil et ses choeurs fantomatiques, bâtissant un socle en larme de tristesse... avant que ne déboule la première des onze déflagrations, renversant l’auditeur ayant grimpé sur ledit socle pour mieux inspecter l’inadéquation entre l’intimité ténébreuse de l’intro et la pochette ne s’épanchant guère en promesse d’une sérénade pour vampire mélancolique !
Qu’on se le dise : avec « Ascendancy », loin de se la jouer pianos et chemises à jabot, les tout jeunes
TRIVIUM nous cisèlent onze pépites d’un Metal extrême décrochant du ratelier la faux du Thrash (
SLAYER,
TESTAMENT...), la massue du Death mélodique (
IN FLAMES,
DARK AGE...), et la serpe du Metalcore (
KILLSWITCH ENGAGE, dont
TRIVIUM pourrait être une version un poil plus agressive et Thrashisante). Et ainsi harnaché d’intentions bagarreuses, toutefois disciplinés par une maîtrise technique bluffante,
TRIVIUM s’en va par monts et par vaux à la conquête d’un public amateur de brutalité, consentant au tamis du mélodique. Et comme la production, signée de concert par le chanteur-guitariste et un ami du groupe (Jason Suecof) épate par sa qualité, le mixage étant par ailleurs revenu à l’incontournable Andy Sneap, on mesure sans peine le potentiel dévastateur de la chose ! Pour autant, bien sûr, que l’on ne rechignât pas à goûter une recette accrocheuse en diable, et qui ne manquera pas de susciter les invectives d’auditeurs agacés par une mixture il est vrai assez en vogue, au jour d’aujourd’hui.
Pour le dire clairement,
TRIVIUM ce sont des rythmiques énormes imitant la marche ou la charge d’un troupeau de tricératops en furie, des structures réfléchies et compliquées juste ce qu’il faut, histoire d’éviter l’assoupissement... ce sont des vocaux âcres beuglés façon Power Death sur les couplets, cédant la place à un chant clair très plaisant sur les refrains, éminemment séduisants et mémorisables, sans compter sur une brassée stimulante de solos de guitare tous plus spectaculaires les uns que les autres. Le tout étant certifié d'un soin mélodique, ressortissant à une maturité évitant les écueils de la technicisation stérile. Et comme
TRIVIUM possède le petit truc en plus, qui l’arrache au classicisme d’une telle formule, ça nous donne cinquante cinq minutes d’un Metal qui, à défaut de surprendre, fait mouche sur chaque engagement ou presque. Voilà qui change des albums déployant leurs atouts en ouverture, pour se traîner en rampant jusqu’à l’agonie d’une inspiration allant déclinant tout du long !
Et il est difficile de citer un morceau plus qu’un autre, chacun possédant sa particularité, son propre assemblage de tempos allant du rapide au tempéré en passant par le soutenu, son refrain addictif, son essence mélodique où surgit finement l’un ou l’autre clin d’œil... mais l’on retiendra particulièrement le meurtrier "Rain" (boum !), "Drowned And Torn Asunder" (sacré solo façon
IRON MAIDEN – WASP –
CHILDREN OF BODOM) et, surtout, la triplette du milieu d’album incluant l’énorme "A Gunshot To The
Head Of Trepidation", avec son solo dantesque sautant du old
IN FLAMES à
IRON MAIDEN et débouchant sur un pur passage d’éclate façon exhortation Live, un "Like Light To The Flies" prenant et nanti d’un passage instrumental superbement mélodique, le tout préparant la venue du pur tube "Dying In Your Arms", le genre de morceau court et irrésistible qui vous squatte le cortex pour la journée, avec solo Death mélodique, riff chantant et un refrain particulièrement réussi !
Et c’est parvenu à ce point critique des dernières plages que les groupes, généralement, s’effondrent, le souffle dévoré par les efforts produits durant la cour séductrice du début d’album... Mais
TRIVIUM, bien malin, en a gardé sous le pied : l'excellent "The Deceived" cogne avec entrain depuis sa rythmique musculeuse, mais panse immédiatement les plaies avec un filet mélodique plaisant et des changements de rythmes bienvenus, accueillant plusieurs solos parfaits, et même un refrain convaincant ; "Suffocating Sight" saisit avec son introduction au riff brûlant, masquant une des plus grosses rythmiques de l’album, le morceau proposant par ailleurs quelques ornementations guitaristiques affinées, un passage écrasant du plus bel effet, et un refrain plus grave... et si le groupe me semble peiner avec sa "Declaration" finale, alternant pure brutalité (quels riffs Thrash façon guerre de pit) et baisses de tension, l’ensemble sonnant un peu moins inspiré, "Departure" nous tient en haleine avec ses arpèges à la
ANNIHILATOR, sa structure plus aérée, son accélération abrupte au riff slayerien et un refrain presque poignant.
Quel reproche peut-on faire à
TRIVIUM après qu’il nous ait livré une telle copie, captivante sur toute la ligne ou presque ? D’en émousser les écorchures en raison d’une production percutante mais un peu lisse ? Certes. De laisser transparaître ses influences ? Oui, mais le groupe est jeune, et le plagiat n’est pas à considérer ici. On pensera davantage au terme d’« hommage » (et le groupe s’alimente à la pompe manifeste d’un coeur de fan, les quatre auteurs de ce méfait arborant des T-shirt de
DARKTHRONE,
METALLICA, GUNS ‘N ROSES et
OVERKILL pour la photo de groupe du livret). Tout au plus pourra t-on attendre une prise de risque accrûe pour son troisième album, afin de court-circuter les risques de redite, dans un style assez étriqué question innovation. En fait, la seule grosse faute de ce disque, à mon goût, n’est pas d’ordre musicale (mais quelle horreur, cette pochette !). Aussi, en attendant une éclatante confirmation, on goûtera sans retenue ce petit joyau de Thrash moderne aux couleurs Death mélodique et Metalcore. Et l'on ferait bien, je pense, de se méfier de ces petits jeunes. Car à l’écoute de ce manifeste de Metal aux petits oignons, l’on se dit que des têtes pourraient bientôt tomber...