On ne peut pas dire que Malmsteen perde son temps. Marching Out emballé,
Jeff Scott Soto viré au profit de
Mark Boals (futur Lana Lane et
Royal Hunt), le guitariste prodige s'attèle à son troisième album solo, sobrement intitulé Trilogy, qui paraitra en 1986 avec cette pochette qui aura fait couler beaucoup d'encre (entre une certaine esthétique graphique et un narcissisme effarant, faites votre choix).
A part un chanteur différent et un Malmsteen qui s'occupe à nouveau de la basse, cet album se démarque également de ses prédécesseur par diverses petites choses, comme un son plus fluide, lifté pourrait-on dire. En effet, même dans les moments les plus speed (
Liar), on ne peut s'empêcher de noter une certaine approche FM, un peu comme ce que faisait
Rainbow à la fin des années 70/début 80. Les similitudes ne sont pas de simples impressions. On aurait presque l'impression d'entendre la bande à
Ritchie Blackmore par moment, quand la guitare emprunte des lignes mélodiques grandioses ou qu'elle se mêle au clavier avec une certaine finesse. Bien sûr, Blackmore est un modèle pour le jeune Suédois et ce dernier a certainement à ce moment dépassé le maître dans son toucher, ce qui se traduit par des sonorités moins saccadées, tout semble couler tranquillement, sans accrocs.
Les morceaux se développent donc comme des chansons. Malmsteen a laissé tomber l'idée de faire principalement dans l'instrumental, ou pourtant il attirerait immanquablement toute l'attention (il se fendra tout de même de deux instrus,
Crying et
Trilogy Suite Op : 5) et donne l'impression ainsi d'évoluer dans un vrai groupe, où son talent explose durant des soli où il laisse parler sa fibre néoclassique, tandis que Mark Boals parvient bon gré mal gré à faire oublier son prédécesseur ; le chanteur a en effet une voix un peu moins originale, alors si elle s'accommode bien, elle ne possède pas les intonations particulières, le phrasé typique de Soto, ni sa puissance, elle passe tout de même à l'écoute de l'album, typique dans les canons du genre.
On peut bien sûr regretter que Malmsteen s'écarte quelque peu du heavy assez direct de Marching Out, même si cet album était loin d'être parfait. Plus lisses, ses compositions n'en demeurent pas moins intéressantes, avec des refrains qui restent facilement en tête et possède des lignes mélodiques agréables, propices à des accélérations sympathiques sans faire dans le bourrinage intensif que l'on retrouve fréquemment dans le speed mélodique par exemple. C'est stylé, c'est assez fin, ça manque peut-être, même certainement de couilles par moment et l'ombre de l'Arc-en-Ciel plane de plus en plus sur les morceaux de Malmsteen, mais est-ce une raison pour bouder notre plaisir ?
Bien entendu, Trilogy a pris un sérieux coup de vieux. La production était déjà assez indigne pour l'époque et l'absence de remasterisation ne permet pas d'apprécier pleinement toutes les subtilités de ce disque. Il reste cependant de bonne facture pour les amateurs du genre, à une époque où le toucher de Malmsteen était encore précieux et délicat, avant qu'il ne s'auto-parodie à force de toujours refaire le même disque. Une bonne pioche, mais on est encore loin de la féérie du premier opus.