Après la multitudes d'EPs et de splits plus ou moins réussis – plutôt plus que moins – qui suivirent un "Verräterischer, Nichtswürdiger Geist" plus violent que le rituel "Geist Ist Teufel", Urfaust nous revient avec un nouveau full-lenght alliant la puissance et la folie entrainante de leur première offrande avec l'étrangeté de Drei Rituale Jenseits des Kosmos. Si Urfaust a quelque chose de personnel, c'est bien son atmosphère complètement loufoque. Et cette... maladie mentale avec laquelle le groupe maltraite nos oreilles nous vient majoritairement du Sieur IX qui occupe une place cruciale : le chant. Et ce chant est mis en valeur plus que jamais...
Car Urfaust a finalement changé, lentement mais sûrement, dans son registre sonore. Mais son identité reste par ses riffs implacables et son chant d'aliéné.
Urfaust ferait penser par moments à Midnight Odyssey dans ce sens qu'il est à la fois ambiant et très entrainant. Une chanson telle que "Der Mensch, die kleine Narrenwelt" le montre parfaitement, le groupe alliant guitares fuzzy dronisantes, ambiances
Master Musicians Of Bukkake version black, et des riffs encore plus prenants qu'un boa constrictor. Les lignes de basse pachydermiques pulsent en arrière plan, faisant sourdre un fond de terreur très sympathique. La batterie est fidèle à elle-même depuis Geist Ist Teufel, avec son mid-tempo sec et simple. Sa simplicité est loin de faire défaut à l'album car les rythmes sont vraiment bien foutus, pas besoin de faire dans la syncope ou la polyrythmie pour avoir un groove phénoménal.
Ici, plus de folk à la production raw black comme on pouvait l'entendre sur “Drudenfuß”. Place au black halluciné. Les guitares sont truffées d'effets qui tirent vers la noise atmo' d'un côté (Der hässlichste Mensch) et simplement saturées d'un autre. Le clair-obscure obtenu est superbement géré, plongeant l'auditeur dans un cosmos mourant, expirant les dernières lumières de ses novas en ébullition. IX berce l'album de son chant, qui oscille entre maestria et cris de clochard aviné... Quoi qu'il en soit, son chant reconnaissable entre mille donne une véritable couleur à l'album, en devenant de mieux en mieux au fil du temps. C'est ici vraiment une part énorme du disque, et ne pas aimer le chant, c'est par conséquent ne pas aimer l'album. Mais dans ce cas, pourquoi s'interesser à Urfaust ? Car ce chant clair et lointain est la marque de fabrique d'Urfaust, son charme, son grain de folie...
Entre blackish-rock dément et “Ritual Music for the True Clochard”, l'opus sonne poisseux, hanté par des plages de claviers cisaillé par les cymbales. Globalement, l'ambiance est devenue plus glauque – entre grise et bleue-nuit – voir ensorcelée que sur les précédentes offrandes dédiées aux clodos. Der Freiwillige Bettler est définitivement plus sincère...
C'est peut-être même un album tournant dans la carrière d'Urfaust. IX excelle à un point rarement atteint dans les vocaux, touchant presque au chant grégorien par moments ("Der hässlichste Mensch"). Les guitares ont un son qui colle parfaitement à l'univers du groupe, beaucoup plus fuzz et gresillantes que sur Geist. Les mid-tempo presque rock glacent le sang, et d'aussi loin que je me souvienne, je pense n'avoir jamais entendu nulle part dans le black un son comme celui de Der Freiwillige... tout se (con)fond, dans un son aux relents magnétique.
Aigre et délavé, le son se répand, partout. Il infecte nos oreilles, et nous voilà dans l'univers grisâtre d'Urfaust. Allez savoir, mais j'attribuerais à cet opus une couleur violine. Sombre...
Les soli presque rock prog' embrassent un black monastique malsain. Encerclé par des moines possédés, voilà où vous vous retrouvez à l'écoute de cette galette. Entouré par la folie. Oui, elle-même, la superbe et tétanisante folie.
Cet album est une intoxication auditive. Et à vrai dire, on en attendait pas moins des grands Urfaust. L'opus goetien mêle des riffs qui vous en démonteront cruellement la nuque et un ambiant fantomatique qui vous laissera pétrifié. Cet album charnière de la discographie d'Urfaust confirme un son, une atmosphère bien spécifique, et un je-m'en-foutisme total des normes Black. Un superbe album, léché de toutes part, musical à souhaits, et au packaging superbe... ce sombre éther se laisse déguster jusqu'à en être ivre mort. Trinquez à Urfaust, car le black metal est loin, très loin de mourir.