Malmsteen, c'est le genre de type qui change de chanteur comme de slip. Et encore, pour ces derniers, il faudrait peut-être vérifier. Après avoir usé
Jeff Scott Soto et
Mark Boals, il fait ici appel à
Joe Lynn Turner. Pour ceux qui ont raté un wagon, Turner a été chanteur pour
Rainbow de 1980 à 1984, groupe dont Malmsteen est admiratif et dont le jeu de
Ritchie Blackmore a grandement influencé notre suédois international. Donc forcément, il dispose d'un argument de choix pour attirer les foules, même si le chanteur n'est pas le préféré des fans de l'arc-en-ciel.
Et musicalement, on peut aussi noter des changements par rapport aux albums précédent. Certes, on avait déjà pu remarquer un allègement du ton sur Trilogy, le précédent opus, avec quelques sonorités FM qui passaient toutes seules. ici, Malmsteen semble partagé entre la volonté de progresser dans un domaine heavy metal qui lui va bien (
Rising Force, comme quoi il ne perd pas le nord) et celle de continuer à surfer sur le succès de la vague hard FM très en vogue à cette époque (
Heaven Tonight, moins réussi, avec un refrain qui pourrait faire pâlir d'envie
Bon Jovi en personne).
Donc forcément, il n'est pas facile de s'y retrouver dans la démarche artistique de l'album, comme s'il y avait l'envie de se faire plaisir et de se faire du pognon facile. Le guitariste ombrageux se concentre en plus sur des formats plus courts, moins aventureux, avec un minimum d'instrumentaux, pour laisser la place à Turner pour que ce dernier puisse s'exprimer pleinement. Et il convient de l'admettre, Yngwie a bien joué son coup. Même si l'on ne retrouve pas la classe épique ou l'inspiration néoclassique, chère au personnage, de façon évidente, les différents titres s'enchaînent bien et surtout, Joe Lynn Turner vient apporter son professionnalisme et son talent aux compositions, les sublimant de sa voix parfois trop sucrée, mais qui sait aussi se faire violence quand le besoin s'en fait ressentir (
Rising Force, encore lui, idéalement placé en ouverture pour un matraquage en règle.
Mais Malmsteen n'oublie pas de se mettre en évidence, il cherchera plutôt à briller sur les soli plutôt que de composer le riff inspiré d'un quelconque compositeur classique.
Dreaming (Tell Me) en est un bon exemple, avec ses passages instrumentaux qui viennent apporter une vigueur inattendue à cette jolie ballade.
On regrettera toutefois que certains titres ne prennent pas la direction escomptée.
Now Is The Time par exemple ne tient pas toutes ses promesses. A près une introduction épique à souhait, il sombre dans un hard FM de qualité acceptable, mais franchement mou du genou et on ressent une impression de vide, comme si d'instinct on avait placé la barre très haute, trop haute pour Malmsteen et ses sbires.
Odyssey est un album qui se cherche, mais qui s'écoute sans déplaisir. Varié, parfois surprenant pour quelques passages plus virulents (
Riot In The Dungeons), il ne lui manque pas grand chose pour être un grand album, comme une direction artistique plus prononcée. On a l'impression (et ça peut ressembler à de la science fiction) que Malmsteen a fait d'énormes concessions pour que Turner accepte de chanter pour lui, en offrant des morceaux plus soft pour que l'ancien
Rainbow puisse vraiment se faire plaisir, lui qui aime bien les plans acidulés. Ce disque demeure néanmoins une bonne pioche dans la longue, longue discographie de Malmsteen.