Mono et son Hymn to the
Immortal Wind ont été pour moi une révélation. Rarement un album de Post-Rock et même de musique en général ne m’aura autant ému et touché au point d’avoir constamment besoin d’y revenir. Bien plus qu’un coup de cœur, cette musique relève pour moi du besoin tant elle est forte et surtout personnelle. Dans un genre où presque tout a déjà dit par les ténors que sont Sigur Ros, Mogwaï et Explosions in the Sky, j’avoue avoir longtemps été sceptique quant à une évolution d’un genre pourtant relativement récent mais déjà congestionné par de multiples formations au talent plus ou moins revendiqué. La découverte de cette entité mystérieuse et néanmoins évocatrice a été une vraie bouffée d’oxygène pour le modeste mélomane que je suis.
Je parlais plus haut de révélation. Le mot n’est pas galvaudé. Comme l’homme de télévision et écrivain Thierry Bizot qui s’est découvert soudainement une foi pour le Christ à l’âge de 46 ans et qui le raconte dans son ouvrage
Catholique anonyme (à lire, même pour les non croyants), cet Hymn to the
Immortal Wind agit sur moi comme un objet de foi, une sorte de quête du Saint-Graal enfin achevée. Sept morceaux pour un peu plus d’une heure de musique, un peu long certes mais presque insuffisant pour rassasier ceux qui comme moi en aimeraient davantage.
Mono a bien compris que pour toucher son auditoire, il ne devait pas simplement composer et interpréter sa musique mais plutôt la vivre, l’incarner. Et les quatre Japonais s’y emploient tout au long de cet album où la mélancolie est omniprésente et y côtoie d’autres émotions humaines : la joie, le deuil mais aussi l’espoir. Plus que de simples morceaux, on assiste à de véritables pièces de théâtre, à l’image d’un « Burial at Sea » à l’imaginaire plutôt dépressif. Dans une atmosphère mélancolique et planante, on s’imagine marchant sur la plage comme avançant vers le Purgatoire. Bien construit, évocateur et incarné, Mono est proche ici du chef d’œuvre absolu, il tutoie l'excellence. Tous les morceaux racontent une histoire et peuvent tout aussi bien s’écouter individuellement que dans leur ensemble.
Bien sûr, il faut être dans un certain abandon de soi pour ressentir cet album avec son cœur et ses émotions. Alors nombreux seront les auditeurs à se plaindre de longueurs et de répétitions au sein de l’album, mais elles participent justement à sa beauté. L’apport de claviers et de violons sont véritablement un plus pour cet opus, à l’instar d’un « Ashes in the Snow » superbement évolutif, ou encore du final dantesque « Everlasting Light » qui passe de la peine et du recueillement à une joie et une paix intérieure intenses.
Il est souvent de bon ton de ne pas parler de soi dans une chronique mais je ne peux parvenir à me détacher de cette production, tant elle fait partie de moi aujourd’hui. C’est peut-être ringard mais j’assume. Avec cet Hymn to the
Immortal Wind, les Japonais atteignent la quintessence même de la musique. Après dix ans d’existence, c’est une sacrée réussite.
Et ce succès, ils ne le doivent qu’à eux-mêmes, tant tout est parfaitement maîtrisé, de la composition à la production, véritablement irréprochable avec ces percussions entêtantes, cette douceur d’une basse impériale et ces guitares au son clair et pur mais qui savent aussi se faire incisives. Non vraiment, cet opus n’a pas de défaut. Emprunt d’émotions et de spiritualité, il saura vous combler. A condition que vous ne le vouliez vraiment.