Voila peut être enfin l’album qui permettra au groupe de se faire remarquer au côté de groupes comme
Hammerfall. Alors que
To Travel For Evermore possédait une atmosphère plutôt sombre et triste (à croire qu’il évoquait les landes désertes et battues par le vent du livre qui a baptisé le groupe),
The Shadow Cabinet revient dans la veine épique du power métal, avec des chœurs et des accents à la
Rhapsody, le côté sirupeux et répétitif en moins. La musique joue sur des effets de touti, c'est-à-dire que pratiquement tout le temps, tous les instruments jouent en même temps, en alternant le son dominant. Des riffs de guitare sur le tout, quelques influences folk, et on obtient une musique puissante est variée.
Le chant de Nils Johansson est assez dur à décrire, à la limite du hurlement mais atténuée lors du mixage ; elle donne ainsi une grande impression de puissance sans pour autant saturer l’auditeur. De plus il utilise un jeu d’accentuations très particulières.
L’ambiance est mise d’entrée avec
Demon Desire, avec en guise d’ouverture un glissando de clavier sur lequel enchaînent batterie puis guitares. Un air de clavier rapide s’y mêle, un peu en retrait, comme pour introduire le chant que d’autres voix viennent parfois accompagner, dans le refrain et les passages clés ; le tout est animé d’un souffle épique impressionnant renforcé par les paroles. Mais, il n’est pas question ici de héros tuant des dragons, ou de paladins chevauchant à travers des mondes imaginaires : au contraire, c’est un aveu de faiblesse face au « démon du désire », la nature humaine autrement dit…
Beautifool (Saluons au passage le jeu de mot) débute sur un air chanté par une voix grave, accompagnés seulement par la guitare. Une phrase « your eyes are cold » hurlée par tout le groupe, presque avec haine, et le son explose. Un chœur accompagne la voix du chanteur, toujours aussi étrangement accentuée. Cette fois, le thème démolis avec énergie est celui de l’amour courtois, les princesses traitées de poupées de chiffon, dont la beauté cache un abîme de mépris et d’égoïsme… D’accord, ça reste d’actualité.
Vient ensuite
The Raven, et le symbole du corbeau est ici à prendre dans son sens moyenâgeux, comme un annonciateur du malheur, précédant famines et épidémies ; il apparaît aussi sur la pochette de l’album. Elle débute sur un morceau de guitare sèche, reprenant une complainte du moyen age. Suit un assez long passage de riffs, avant l’arrivée du chant, qui joue ici aussi sur l’alternance de plusieurs voix secondaires et d’un chœur, ce dernier reprenant l’air sans paroles, un « Hoho hooo » revenant périodiquement, contrastant du fait de leurs voix plus graves.
Faith enchaîne avec un air populaire ancien, joué au violon par l’un des guest. Il y a également de fortes influences hard rock dans la suite, ce qui fait au final un curieux mélange. L’air du début est repris et développé à la fin, et prend alors l’allure d’une danse populaire. Ce coup ci, c’est l’aspect « quête religieuse » de la chevalerie qui se fait démolir. Suit
Envy, toujours avec des airs populaires traditionnels, des influences rock, un chant plus graves et curieusement une cloche qui sonne au milieu ! L’alternance des voix (mais pas de chœur ce coup là) forme par moment un véritable dialogue.
Snow enchaîne avec un morceau de guitare sèche, puis un couplet chanté avec une voix normale. Le chœur l’accompagne dans une évocation sombre et mystique de l’hiver.
Sleep continue un peu dans la même veine, avec au début un chant sans accompagnement un peu dans le style troubadour. Une voix grave enchaîne brutalement pour la conclusion, et la chanson continue dans un style à la
Freedom Call.
I shall not Yield débute ensuite sur un air de cor, avant de revenir dans le style de départ. Suit
Reason, un morceau de transition avec une voix grave lisant un de ces textes qui ne sont qu’une suite de pensées troubles ; puis
Cape Noctem, sorte de conclusion sombre, un être qui se tourne vers la nuit comme un refuge…
En bref un album varié, pas mièvre comme trop de productions du même genre, avec plus de personnalité et de charisme ; beaucoup de talent et de maîtrise. Reste à savoir s’ils vont rester dans cette voie, car jusqu’à présent
Wuthering Heights a fait partie de ces groupes qui changent de line up plus souvent qu’à leur tour, ce qui n’est jamais bon signe.