Quelle était la situation du hard rock en 1977 ? Pas forcément très glorieuse... Le style commençait à s'essouffler et était en pleine perte de vitesse. Les kids commençaient à en avoir marre des soli à rallonge, le progressif commençait déjà à gêner par son côté pompeux, certains groupes comme
Uriah Heep ou
Queen s'attiraient des foudres par leur côté baroque (High And Mighty et A Day At The Races, sortis tout deux en 1976, partaient dans tous les sens).
AC/DC n'avait pas encore conquis l'Europe, mais ce n'était qu'une question de temps, Let There Be Rock s'annonçant comme le disque anti-punk par excellence.
Black Sabbath et
Rainbow étaient déjà à leur zénith,
Led Zeppelin amorçait son déclin...
Motörhead attendait encore son heure... Les dinosaures du genre commençaient déjà à lasser en Europe et une révolution musicale était attendue. Et cette révolution viendra de la jeunesse désoeuvrée de Grande Bretagne, décidément un pays qui aura eu une grande influence sur le rock, qui aura permis l'émergence de styles important pour la suite avant d'être saigné à blanc...
Nevermind The Bollocks Here's The
Sex Pistols n'est pas le premier disque du genre. Il est juste l'arbre qui cache la forêt, le disque que l'on brandit en étendard quand on cherche à définir ce qu'est le punk alors que le mouvement a plus d'un visage (comment ne pas passer sur le côté pop d'un Generation X mené par un Billy Idol des plus convaincant ?). On en revient au problème de ces groupes qui cachent les autres de leur aura, l'autre exemple parlant étant
Nirvana dont le Nevermind (clin d'oeil aux Pistols justement) qui sert de référence alors que de nombreux disques d'autres groupes pourraient le faire avec bien plus d'intérêt.
Qu'est-ce que la musique des
Sex Pistols ? Du rock'n'roll décomplexé, mais sans réelle mélodie, un groupe pas franchement en place, dont les musiciens ne s'entendaient pas. Une attitude "fuck you" menée par Johnny Rotten, un bras d'honneur à la société, une présence irrespectueuse pour toute forme d'autorité, un message qui tranche radicalement avec le satanisme de
Black Sabbath ou l'ésotérisme assumé d'un
Led Zeppelin.
Sid Vicious, auquel Lemmy désespérait d'apprendre la basse, jouera sur cet album, avant de se voir remplacé par Glen Matlock. Inutile de s'appesantir sur les raisons de ce changement, il en est presque anecdotique, quoique représentatif de l'esprit du groupe à cette époque, groupe dont les membres ne s'appréciaient pas. Bref, c'est rageur, ce n'est pas franchement mélodique, c'est extrêmement monolithique vu que les riffs ne varient pas des masses, les textes sont plus dégueulés qu'autre chose. Il se dégage un sentiment d'urgence tout du long, un radicalisme qui ne peut se régler que sur des titres courts et vindicatifs.
Bien entendu, il y a les deux morceaux phares, porte-étendards d'une génération,
God Save The Queen et
Anarchy In The UK, qui depuis sont devenus des hymnes et souvent le résumé de ce qu'est le punk. Encore deux arbres qui cachent la forêt. On ne peut nier le côté culte, mais on peut sans peine avancer que d'un point de vue purement musical, c'est pauvre et l'intérêt limité, surtout quand on jette une oreille sur ce qui se faisait à la même époque, dans un style pas forcément similaire mais qui répondait à la même étiquette. Il faut dire que les
Sex Pistols, c'est du basique de chez basique. Riffs bateaux sur une rythmique décalée, chant approximatif et une incapacité à restituer tout cela pleinement sur scène, ce qui mènera au split du groupe a peine la tournée de soutien à cet opus achevée. Novateur ? A peine, quelques groupes ont émergé dans le genre avant eux. Chanceux ? Oui, si l'on considère que
Anarchy In The UK a été un single portable et en même temps, comment ne pas sourire quand la mentalité "fuck the system" se heurte au mercantilisme de base ?
Musicalement, c'est donc très bancal. Un bon défouloir qui a l'époque semblait presque nihiliste dans sa forme (et encore... l'ombre du Bombardier planait déjà...) mais qui avec le recul, n'ai qu'un intérêt historique car culte, une dénomination qui permet de classer tout et n'importe quoi et de crier au génie, ou comment excuser un manque de talent, voire parfois d'intégrité. Et on rejoint encore une fois
Nirvana dont le statut de groupe culte est contestable pour des raisons évitables, même si on ne peut nier l'impact qu'ont eu les albums. Mais impact n'est pas synonyme de qualité. Un défouloir n'est pas forcément une réussite. Bref, cet album est un petit moment de rock'n'roll cradingue, mais pas une claque musicale, loin de là.
Pour les curieux du genre, il y a bien mieux. Prenez le London Calling des Clash, le The Crack de The Ruts (
Babylon's Burning est un pur joyau du genre, bien plus explicite qu'il n'en a l'air), ou encore le City Baby Attacked By Rats de GBH au rendu presque thrash pour l'époque. D'autres groupes sont également très recommandables, comme les Buzzcocks ou Generation X, rien que pour la Perfide Albion, avant de se jeter sur un
Discharge par exemple, pour la scène US. Les
Sex Pistols sont l'arbre qui cache la forêt et souvent le nom que l'on cite par réflexe quand on cause du punk. Presque une supercherie quand on compare ce disque avec les autres mentionnés, mais bon, les vainqueurs de l'Histoire ne sont pas toujours les plus méritants. C'est peut-être ça au fond le punk ?