Il est toujours difficile pour un groupe de se relever du départ d'un de ses membres fondateur. Alors quand il s'agit d'un guitariste doté du charisme de
Joe Perry, on comprend aisément que
Aerosmith est au bord du gouffre, Night In The Ruts ayant été un album banal et sans grand intérêt, bourré de drogues et de dissensions qui ont conduit la formation à se payer un mur à cent trente kilomètres/heure. Perry est remplacé par
Jimmy Crespo, qui avait déjà assuré bon nombre de soli sur le précédent disque. On n'en sort pas forcément gagnant, mais on assiste au moins au retour de Jack Douglas à la place de producteur, ce qui est quelque part rassurant.
Malheureusement, Perry n'est pas le seul à avoir quitté le navire,
Brad Whitford, le second guitariste, l'a imité et il sera "vaguement" remplacé par
Rick Dufay. L'ambiance n'est toujours pas au beau fixe et les trois derniers membres originaux du groupe enregistrent Rock In A Hard Place sans franchement y croire, même si le batteur
Joey Kramer admettra des années plus tard qu'il y a tout de même de bonnes choses sur cet album. Et on ne peut décemment pas lui donner tort.
Certes, le côté bluesy lié à
Aerosmith s'est quelque peu estompé au profit d'une approche bien plus rock, plus directe, pas forcément déplaisante.
Steven Tyler se montre même particulièrement en forme derrière le micro, à s'époumoner comme rarement il l'a fait sur un
Jailbait endiablé en ouverture, une bonne claque qui prouve que les Dupont Volants ont su s'adapter aux changements qui s'étaient opérés dans le hard US au début des années 80. Bien sûr, il est hors de question de singer
Van Halen mais la formule est plus directe, plus franche. Sale, même. On sort du schéma des deux précédents opus studio qui se perdaient dans la poudreuse avec plus ou moins de chance.
Les morceaux s'enchaînent plutôt bien, on retrouve toute la variété qui sied au 'Smith. Bien sûr, on s'attardera une fois de plus sur la ballade de l'album, celle que l'on ne peut pas rater,
Cry Me A River, qui est en fait une reprise d'un standard du jazz et qui prend ici une saveur particulière. Ce qui n'empêche nullement le groupe de partir dans de sérieux délires hippies, comme le prouve le décalé et pas forcément inoubliable
Joanie's Butterfly qui du coup, agit comme une machine à remonter le temps et qui nous ramène à l'époque du flower power, avant un break salutaire, mais qui intervient un brin trop tard dans la composition, l'attention étant déjà relâchée.
Aerosmith se tâte. Il se cherche. Il essaye de se refaire une identité. Tyler reste volontiers à camper sur ses positions, tandis que Crespo cherche à apporter de la nouveauté à l'ensemble, conscient que le groupe est dépassé par la jeune garde. Les hauts succèdent aux bas et vice versa, malgré ses qualités, Rock In A Hard Place peine à conserver une ligne directrice.
Jailbait est comme un leurre. Un appât destiné à attirer les gros poissons.
Cry Me A River est jouissive, mais prend trop d'importance par rapport à d'autres compositions, plus insatisfaisantes. La on a des pics de qualités qui comblent comme ils le peuvent des plaines sans fin, sans relief.
Rock In A Hard Place est un album néanmoins sympathique, mais qui ne marque pas forcément les esprits, à quelques titres près. On n'en demandait pas grand chose, sans Whitford et Perry, on obtient au final bien plus. C'est déjà ça de gagné diront certains, ça ne sert à rien, grommelleront d'autres. Il n'empêche, tout n'est pas à jeter sur ce disque qui parvient tant bien que mal à conserver une grosse étincelle de vie. A réserver aux fans toutefois.