La scène hellénique peut se targuer d’avoir contribué à façonner un visage on ne peut plus singulier du Metal extrême européen, ayant apporté un son, une trame et une identité désormais séculaire et reconnaissable entre toute. Une scène comptant aujourd’hui des formations immensément talentueuses et mondialement respectées. Surgissant de ces terres antiques ayant bercé la culture occidentale,
Deus Infestus se dresse en valeureux conquérant, le regard fier et décidé, armé d’un premier EP d’une qualité certaine, comptant bien faire valoir ses virulents arguments, et affirmer sa fougueuse vaillance parmi une pléthore de prétendants, tous plus déterminés les uns que les autres.
Malgré un mixage, ayant étonnamment été confié aux soins de Christian Schmid et R.D. Liapakis, aux Prophecy & Music Factory Studios en Allemagne, desquels sortent pourtant bien plus souvent des formations de Power Speed Metal (
Firewind, Mystic Prophecy, Suicidal Angels,
Eldritch, Sacred Steel…),
Deus Infestus parvient à légitimer son choix, en évitant agréablement l’écueil d’un son trop lisse et aseptisé, tout en restant clair et puissant.
C’est donc avec un certain plaisir que l’on découvre ainsi une musique inspirée et vindicative, au travers des cinq titres vigoureux constituant ce
Swansongs For This Stillborn Race. Le groupe y développe une vision certes guère novatrice, mais suffisamment captivante pour que l’on s’y attarde. Cette vision, c’est celle d’un Black Metal percutant et varié, mélodique et efficace, atmosphérique mais guerrier, un brin emphatique mais jamais pompeux, le tout perpétuellement menacé par la lame glaciale d’une inquiétante réminiscence Death.
En effet, certains sens olfactifs sont pris à partie et mis à mal, dans un déluge de violence à l’ambivalence maîtrisée : l’ouïe est constamment interpellée par cette forme d’âpreté morbide, intrinsèquement liée au Metal de la mort, et l’odorat parvient à déceler, par delà la senteur enneigée et l’humus boisé de ces sombres chevauchées épiques, les effluves méphitiques d’une carcasse faisandée, abandonnée par les charognards aux abords d’une forêt hostile. De ce fait, le disque évoque un réjouissant syncrétisme entre la puissance mélodique d’un
Dimmu Borgir dépourvu de ses atours théâtraux, et la véhémente complexité guerrière et maléfique d’un
The Legion. Les morceaux alternent préludes menaçants et cavalcades nocturnes avec une grande aisance. Des cavalcades menées tambour battant, enrobées de discrètes mais judicieuses nappes de claviers obscurcissant un ciel laiteux, et surtout, orchestrées par une batterie faisant montre d’une rigueur exemplaire. La participation du prodigieux cogneur George Kollias (ex
Nightfall, actuel
Nile) revenu au pays pour l’occasion, et insufflant une précision et une finesse rythmique de haut vol, n’y est vraisemblablement pas étrangère.
Fort de tels atouts,
Swansongs For This Stillborn Race prend son temps pour implanter un décor ténébreux et immersif, proposant un foisonnement de climats tourmentés, de riffs tranchants et belliqueux, de breaks oppressants et d’harmonies malsaines, parfois même dissonantes, comme le final glauquissime de
Orn, parvenant à arracher l’âme du corps, et à la faire planer au dessus des paysages arides et désolés du Mordor.
Se rapprochant du très bon
Miasma de leurs compatriotes de
The Eternal Suffering, le tout sonne finalement très scandinave, et la seule frustration vient justement du fait qu’il faudrait vraiment faire preuve d’une acuité sensorielle hors de commun pour reconnaître ici la moindre consonance méditerranéenne, spécificité tellement appréciable et propre à la scène grecque. Une démarche probablement volontaire, mais qui révèle également un effet pervers : celui de noyer
Deus Infestus dans une tourbière déjà occupée par un nombre conséquent d’artilleurs, ambitionnant une place de plus en plus convoitée.
Qu’importe. En dépit d’une originalité certes absente, l’art noble empli de hargne et de motivation de ces jeunes lycanthropes affamés, dispose de suffisamment d’arguments convaincants pour éveiller bien plus qu’une simple curiosité. C’est donc avec une certaine impatience, qu’il ne reste plus qu’à attendre de voir confirmer ce bel espoir sur un véritable album. Du bon travail !