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Chroniques :: Chronique de Toys In The Attic

Chronique de Toys In The Attic

Aerosmith  - Toys In The Attic (Album)

Foulards et fornication



Aerosmith ?
Il suffit de prononcer ce nom pour qu’aussitôt notre cerveau malade produise des images à la chaîne sans pouvoir s’arrêter.
Comment ne pas penser au lippu Steven Tyler faisant tournoyer dans les airs un pied de micro alourdi de mille foulards multicolores, accumulant grimaces simiesques et pas de danse de possédé, et régalant les oreilles de son auditoire de ces onomatopées sur plusieurs octaves dont il a le secret ?
Comment ne pas penser non plus à Joe Perry, guitar hero escogriffe, taciturne, les traits taillés à la serpe, cachant toujours un œil derrière une mèche de cheveu à la manière d’un emo antédiluvien ?
Comment ne pas se rappeler les ballades trop sucrées, les disques trop produits, les refrains trop évidents, les…
Stop !
Comme on peut le constater, le groupe de hard-rock de Boston se laisse très facilement caricaturer.
Pourquoi ?
Parce qu’il s’est sans doute trop reposé (voire même avachi) sur un certain savoir faire mélodique et rythmique au cours des deux dernières décennies.
Pourtant, fut un temps où Aerosmith fuyait la facilité et se cherchait une identité propre.
Quel est ce temps béni ?
Les années 70, bien sûr !
Après avoir sorti deux albums (Aerosmith en 1972 et Get your Wings en 1975), Tyler et Perry finissent par trouver leur son et leur ton en 1975 sur l’album Toys In The Attic.
Est-ce que les deux disques qui l’ont précédé manquent de personnalité ?
Nous n’irons pas jusqu’à affirmer cela.
Ils sont juste le reflet d’un groupe qui se cherche encore et qui ne donne qu’épisodiquement la pleine mesure de son talent ("Dream on", ballade lacrymale et futur classique de concert se trouve sur le premier album, par exemple). Toys In the Attic, lui, est un coup de maître et verra Aerosmith transcender ses influences blues et faire exploser son carcan hard-rock.
Il faut dire que le groupe s’est donné beaucoup de mal pour arriver à ce résultat : depuis la sortie de son premier album, il n’a pas cessé de tourner à travers les Etats-Unis et d’enchaîner les premières parties prestigieuses (Blue Öyster Cult, Mott The Hoople, The Kinks…). Inévitablement, cette politique opiniâtre paie et la bande à Tyler et à Perry, outre une réputation de groupe de scène, y gagne une grande maturité et une plus grande confiance. Aujourd’hui, Toys In The Attic est considéré comme l’un des 500 meilleurs albums de tous les temps par le magazine Rolling Stone, ce qui, convenons-en, ne veut absolument rien dire.
Ne possédant pas à l’exemple de ce magazine musical américain des dons prophétiques nous permettant de voir les futurs chefs d’œuvre des zélateurs de l'Euterpe électrifiée, nous nous contenterons de dire que le troisième opus studio d’Aerosmith est une réussite.
C’est une réussite commerciale, car c’est l’album studio du groupe le plus vendu sur le territoire des Etats-Unis avec plus de huit millions d’exemplaires.
C’est aussi et avant tout une réussite artistique.

Tout d’abord, une impression de cohérence se dégage du jeu du groupe sur les neuf morceaux qui composent ce Toys In the Attic. On sent que le groupe a enfin digéré ces influences blues et rock et qu’il est prêt à passer à autre chose. Aerosmith n’a encore jamais sonné aussi audacieux.
Steven Tyler, par exemple, se permet beaucoup de chose avec sa voix : ses cris, ses feulements et ses onomatopées inspirées deviennent de véritables accroches mélodiques qui donnent une autre dimension à des morceaux qui, autrement, auraient sombré dans la fadeur pop ("Adam’s Apple" ou "No More No More", par exemple) ou la banalité blues ("Big Ten Inch Record"). Par moments, il évoquerait presque un James Brown pris du syndrome de Tourette.
Steven Tyler prouve ainsi qu’en plus d’être une paire de lèvres, il est aussi une gorge de première catégorie.
Joe Perry n’est pas en reste. Sur ce troisième album d’Aerosmith, le six-cordiste montre verve et versatilité: aussi à l’aise dans le funk-rock déluré et débridé (l’inénarrable "Walk this Way") que dans la pop la plus subtile ("Uncle Salty"), il arrange et ornemente avec une grande sûreté de main(s) et de goût. Il étonne même tout le monde en employant, chose rare à l’époque, une talk-box sur le lancinant riff de basse de "Sweet Emotion". Doit-on encore dire que certains de ses soli évoquent le meilleur Clapton et le meilleur Beck ("Uncle Salty", "Walk this Way") ?
Nous le devons.
Quant à la section rythmique formée par Tom Hamilton et Joey Kramer, elle est lourde et groovy à souhait.
Ensuite, au-delà d’une cohérence sonore qui force le respect, Aerosmith montre une grande qualité et une grande variété dans son inspiration. C’est bien simple, aucune chanson ne ressemble à une autre. Bien sûr, dans Toys In the Attic, on peut retrouver du hard-rock direct ("Toys in the attic") ou du blues à peine déguisé ("Big Ten Inch Record") mais aussi, et de façon plus surprenante, des morceaux coulés dans le plomb (le sombre et zeppelinien "Round and Round"), habillés de dentelles mineures ("You See Me Crying" et son piano tire-larmes) ou de tricots pentatoniques ("Adam’s Apple").
Bref, le groupe du Massachussetts maîtrise parfaitement son sujet.
Toys in the Attic montre aussi un Steven Tyler qui sait, alternativement et avec une grande maîtrise, faire souffler le chaud et le froid dans ses textes. Ainsi, on peut passer de la nostalgie sur fond de libido adolescente de "Walk this Way" (Schoolgirl sweetie with a classy kinda sassy/Little skirt's climbin' way up the knee/There was three young ladies in the school gym locker/When I noticed they was lookin' at me) au pathétique péripatéticien façon "House of the Rising Sun" de "Uncle Salty" (Now she's doin any for money and a penny/A sailor with a penny or two or three/Here is the cunning for men who come a-runnin'/They all come for fun and it seems to me/That when she cried at night, no one came/And when she cried at night, went insane). L’espiègle et lippu chanteur d’Aerosmith nous fournit également une version très imagée de la Genèse dans "Adam’s Apple" (Well she ate it/Lordy it was love at first bite/Well she ate it/Never knowin wrong from right right) et une explication très personnelle (pour ne pas dire sexuelle) de sa passion pour le blues dans "Big Ten Inch Record" (Last night I tried to tease her/I gave my love a little pinch/But she said now stop that jivin’/Now whip out your big ten inch…). De façon générale, ce sont les plaisirs de la chair et les joies et les problèmes qui en découlent qui sont la principale source d’inspiration du groupe. A l’occasion, le propos peut être sombre et désabusé comme, par exemple, dans "No More No more" (Stalemate jailbait Ladies can't refuse/You love 'em then you leave 'em/With your sold out reviews) ou cynique dans "Sweet Emotion" (You stand in the front just a shakin' your ass/I'll take you backstage, you can drink from my glass/I'll talk about somethin' you can sure understand/’Cause a month on the road and I'll be eaten from your hand).
On le voit, Aerosmith s’est aussi bien trouvé musicalement que textuellement.
Les garçons-coiffeurs du heavy-rock des années 80 sauront se souvenir avec plus ou moins de bonheur des thématiques tyleriennes.
L’album Toys In the Attic, malgré toutes ses qualités, reste un album de hard-rock des années 70, c'est-à-dire un album au son sec et pétri de blues. Autant dire que les amateurs de l’Aerosmith de la fin des années 80 et du début des années 90 n’y trouveront pas leur compte. Ici, il n’est point question de ballades à falbalas et d’hymnes racoleurs en cascade. Dans cet album-là, tout n’est qu’authenticité, feeling, innovation.
Fans de "Cryin’" et autres "Love In An Elevator", passez votre chemin et rangez vos oreilles : Toys In the Attic vous laissera de marbre.

Il est éminemment regrettable que depuis cette époque, les Dupont volants n’aient pas cherché à approfondir ce qu’ils avaient commencé à découvrir sur ce troisième album. Au lieu de cela, ils se sont contenté de resservir ad libitum et ad nauseam les mêmes vieux plats mélodiques sans aucune imagination et de capitaliser de façon éhontée sur leur savoir-faire et sur leur savoir-plaire. Il serait pourtant bon qu’ils reviennent aux fondamentaux d’un style qu’ils ont patiemment élaboré et dont la plus belle expression se trouve sur ce Toys In The Attic et sur Rocks, l’album suivant.
Aerosmith nous fera-t-il un jour ce bonheur auditif ?
Rien n’est moins sûr.



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Toys In The Attic - Infos

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Sortie : 8 avril 1975
Genre : Hard Rock
Playlist :
voir paroles : Voir les paroles
1. Toys in the Attic (03:02)culte !culte !paroles de Toys in the Attic
2. Uncle Salty (04:07)paroles de Uncle Salty
3. Adam's Apple (04:34)paroles de Adam's Apple
4. Walk This Way (03:30)culte !culte !paroles de Walk This Way
5. Big Ten-Inch Record (02:12)paroles de Big Ten-Inch Record
6. Sweet Emotion (05:06)à écouter en premierparoles de Sweet Emotion
7. No More No More (04:34)paroles de No More No More
8. Round and Round (05:03)paroles de Round and Round
9. You See Me Crying (05:11)paroles de You See Me Crying
écouter : Ecouter l'album



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