Une petite année le premier album éponyme,
Aerosmith nous revient avec un semblant de logo et surtout, avec un nouveau producteur en la personne de Jack Douglas, qui allait prendre les choses en main. Mais cela ne se fera pas tout de suite.
Le groupe tâtonne toujours pour se trouver son style. L'évolution est cependant notable. Après un premier opus qui fleurait bon le tribute band de qualité, Aerosmith commence à se forger une identité qui lui est propre. Cela se traduit par un chant plus éraillé de la part de
Steven Tyler, par l'ajout de cuivres qui viennent donner une couleur un peu plus funky, plus chaude à l'ensemble (
Same Old Song And Dance, toujours joué en live de nos jours, un classique pour le 'Smith), des soli au bottleneck gorgé de feeling ainsi que par une créativité plus importante. L'évolution est donc palpable, on sent que la bande à Tyler a roulé sa bosse et qu'elle a gagné en maturité.
Et contre toute attente, ce disque est bien moins tubesque que son prédécesseur, où deux titres se détachaient clairement du lot :
Mama Kin et
Dream On. Ici, on a affaire à un style un peu plus sombre, en pleine construction. Aerosmith se façonne un son et déjà, on peut entrevoir de quoi le futur sera fait : les harmonies se font lancinantes (
Lord Of The Thighs préfigure ce que sera
Sweet Emotion sur le prochain album), les mélodies bien plus subtiles tandis que les guitares s'épaississent, gagnent en puissance, supportées par une rythmique groovy à souhait.
On peut alors se demander l'intérêt de la présence du
Train Kept A Rollin' des
Yardbirds que tous les groupes semblaient reprendre à cette époque et qui du coup devenait sacrément surannée. Même si le résultat est satisfaisant et que Aerosmith n'a pas à en rougir, cela ressemble grandement à du remplissage pour combler une seconde partie moins efficace que la seconde malgré la présence du très bon
Seasons Of Wither, belle composition très émotionnelle sans sombrer dans le sirupeux.
Aerosmith commence donc doucement à tirer son épingle du jeu. On est encore loin de la machine à hits que le groupe deviendra dans un futur proche, d'ailleurs Get Your Wings n'en contient que très peu car ce disque n'a pas joui d'une grande diffusion à sa sortie. Pourtant, avec sa première face de grande qualité, le combo aurait mérité mieux, plus de reconnaissance de la part d'un public qui découvrait de mois en mois une scène hard rock de plus en plus extravagante avec l'avènement de groupes tels que
Kiss,
Alice Cooper ou encore
Blue Öyster Cult. Mais avec son hard rock teinté de blues, Aerosmith guettait dans l'ombre, sachant que son heure viendrait forcément. Et même plus tôt que prévu.