Aerosmith est né à la fin des années 60, quand le guitariste
Joe Perry rencontre le batteur
Steven Tyler chez un glacier. Ce n'est pas ultra glamour, ça manque de piquant, on aurait peut-être préféré un pénitencier ou un bar à putes. Mais bon, on fait avec ce qu'on a. Un groupe se forme autour de ces deux individualités, des jeunes que l'on définirait par désoeuvrés : échec scolaire, petite délinquance, pas assez âgés pour être de vrais hippies mais toujours assez jeunes pour rejoindre les GI qui se rendaient encore au Viet Nam, en attente d'une croix blanche. Des adolescents qu'un ancien ministre de l'intérieur Français définirait par de la racaille.
Le groupe joue un rock qui se teinte de sonorités plus hard, direct, destiné à faire bouger les popotins de Boston. A cette époque, il fallait jouer de la musique qui plairait aussi bien aux GI qu'aux babas cools et c'est ce qu'Aerosmith s'échine à faire. Fortement inspirés par les
Rolling Stones (d'ailleurs, Tyler, qui a pris le micro entretemps, sera souvent comparé à
Mick Jaeger pour ses déhanchés ainsi que pour - ode au bon goût ! - pour le dessin de ses lèvres) ainsi que par les
Yardbirds (qui aura eu en son sein trois guitaristes éblouissants avec Clapton, Beck et Page), les musiciens ne font pas dans l'originalité.
On assiste à une avalanche de morceaux rock'n'roll, dont certains sont agrémentés d'un peu d'harmonica pour l'ambiance et un style un peu plus vulgaire. Les musiciens ont encore des progrès à faire même s'ils montrent déjà de très belles choses, comme sur
Mama Kin, accrocheur à souhait avec le phrasé diabolique de Tyler et surtout,
Dream On, une ballade époustouflante, entre force et fragilité, qui connaîtra son essor avec l'explosion commerciale du groupe, quelques années plus tard. A mon sens, Aerosmith n'aura jamais fait mieux dans ce domaine, n'aura jamais réussi à subjuguer de la même manière, avec la même profondeur que pour
Dream On. Un petit chef d'oeuvre qui pour le moment passera relativement inaperçu.
Si cet album éponyme a fait parler de lui sur un plan local (comprenez : Boston et sa région proche), à l'époque, il restait quelconque. Aerosmith n'avait pas encore trouvé son style, doucement funky, enjoué au diable, avec un chanteur monté sur piles. Ce disque, c'est un condensé de rock, dans la droite lignée des groupes que les cinq jeunes hommes affectionnaient à l'époque. Il n'y a pas d'originalité à chercher, juste à découvrir les premiers pas hésitants d'un combo qui aura laissé son empreinte dans le domaine du hard rock et d'une façon plus générale, du rock.