Hypnos … ?
Halfway To Hell… ?
Un seul EP de metal extrême et on ne reconnaît plus les Enfers.
En effet, que fait le frère de Thanatos a mi-chemin de ceux-ci alors qu’il devrait ne jamais les avoir quittés ?
Peut-être ne trouvait-il plus aucun intérêt à envoyer des rêves et des cauchemars aux hommes à travers ses épaisses portes de corne et d’ivoire ?
Peut-être s’est-il retrouvé pris dans les embouteillages d’âmes damnées de l’une des nombreuses autoroutes qui mènent à son souterrain repère en voulant aller jeter un coup d’œil sur ce qui pouvait se tramer à la surface ?
Peut-être même est-il en route pour aller donner une bonne et soporifique correction à tous ces petits Héphaïstos musicaux qui n’arrêtent pas de parler de sa demeure et qui, pourtant, ne l’ont jamais vue ?
Laissons le dieu du sommeil à ses sombres plans de vengeance et sortons de notre tombe pour nous attarder sur le cas de ce groupe de metal tchèque qui a décidé, chose curieuse, de prendre son nom.
Hypnos … ?
Les musiciens ne pouvaient pas plus mal choisir leur nom.
De sommeil, il sera assez peu question à l’écoute de leur EP
Halfway To Hell et l’auditeur aura bien du mal à y trouver une quelconque plage de repos.
Si Hypnos provoque le sommeil, c’est celui qui éteint la raison et engendre les monstres.
Comment pourrait-il en être autrement quand on sait que le groupe abrite en son sein deux ex-membres du groupe
Krabathor (Bronislav "Bruno" Kovarik et Petr "Pegas" Hlavác), ancienne référence d’un death metal tchèque à l’approche aussi néandertalienne qu’efficace (souvenons-nous d’
Orthodox et de son metal mammouth joué par des troglodytes ayant perdu toute retenue) ?
Halfway To hell… ?
Avec ce titre, il s’agit plus pour les musiciens susnommés de (re)définir leur place sur l’échiquier métallique que de révolutionner la géographie infernale : Hypnos, après trois albums (
In Blood We Trust en 2000,
The Revenge Ride en 2001 et
Rabble Mänifesto en 2005) et un EP (
Hypnos en 2000) d’un death metal englué dans les marécages de la vieille école se livre sur cette nouvelle livraison de 6 titres aux joies du mélange entre death et black metal.
Bref, on peut raisonnablement s’attendre à déguster un gros morceau de metal de la mort saignant et rôti avec amour dans les flammes de la Géhenne.
Aurons-nous droit à une pièce montée méphistométallique ou à un soufflé sonore à l’arrière-goût de Shéol ?
Écoutons et souffrons pour le savoir.
En tant que fins gourmets métallurgistes, nous nous devons de dire tout de suite la vérité à l’auditeur-dégustateur :
Halfway To Hell est un EP hétéroclite qui ressemble fortement à un pudding indigeste préparé à la va-vite par des Erynnies pressées de retourner tourmenter leurs pauvres victimes.
Il faut dire, à leur décharge, que les ingrédients qu’elles ont employés ne se distinguent pas par leur raffinement.
Tout d’abord, il y à ces voix qui n’arrêtent pas de changer en cours de route et d’écoute et qui déroutent l’amateur de metal le plus endurci. A titre d’exemple, sur "Mesmerized", morceau d’ouverture, on a successivement droit à des gargouillis putrides, à des grognements harmonisés qui rappellent la vieille école, et à de dispensables envolées lyriques qu’on croirait sorties de la gorge d’un nain exaspéré auquel on aurait volé son trésor (la chose ne laisse pas de rappeler "Mountains Of Might" d’
Immortal). Cette variété vocale qui, au demeurant, était une bonne idée, manque malheureusement son but (à savoir maintenir notre attention en éveil) et donne souvent des résultats désastreux comme dans le long, très long (interminable ?) "Where The Rooks Fly To Cry", où l’atmosphère de mystère créée par un long développement instrumental s’évanouit d’un seul coup quand apparaît une voix de démon en bas-âge. Il y a heureusement quelques réussites comme le geyser de borborygmes de "Paranormal vertigo" qui rappelle un
Deicide en grande forme ou bien encore les râles d’agonisant d’"Intraoseal Fibrom" qui évoquent les débuts de
Morbid Angel.
C’est encore une impression de décousu qui pré
domine pendant que les riffs et les ambiances coulent dans nos oreilles comme le Phlégéton coule dans les régions infernales. Ainsi, on a beaucoup de mal à trouver une cohérence et même un intérêt à l’enchaînement de guitares sourdes, de claviers déglingués et de thrash à l’ancienne qui constitue une partie non négligeable de "Paranormal Vertigo". On navigue même en plein cliché quand, sur "Mesmerized", des arpèges anthracite annoncent l’arrivée imminente d’une tempête black metal. Heureusement, un déluge final de double grosse-caisse sauve le morceau de la monotonie et de l’insignifiance. A d’autres moments, on est impressionné par la maîtrise des musiciens : "Where The Rooks Fly To Cry", par exemple, est un véritable petit monde où se bousculent des arpèges aux relents de
Morbid Angel (encore !) qui vous transformeraient un ciel en plomb et en charbon, des parties de batterie en double-croches qui ressemblent à d’incessantes pluies de météorites, et des riffs de guitare qui ouvrent des abysses sous nos pieds en utilisant de façon extrêmement intelligente les contrastes grave/aigu.
Mais de tels moments sont plutôt rares et Hypnos, le plus souvent, s’égare ("Symphony V-La Resurezzione Ferale" et ses synthétiseurs poussifs et pompiers qui nous entraînent vers l’épique de carton-pâte).
Pour ne rien arranger, la production un poil trop marécageuse du mini-album n’aide pas les musiciens à clarifier leur propos et à leur donner une unité sonore. On a même parfois l’impression qu’Hypnos n’est pas un mais plusieurs groupes, tant il a de mal à mélanger harmonieusement death et black metal ("Mesmerized", par exemple, n’est rien d’autre qu’une vulgaire superposition de ces deux genres)
Il ne faudrait pas croire, néanmoins, que
Halfway To Hell n’est qu’un plat étouffe-chrétien sans saveur de plus : il réussit quand même à se déguster sans déplaisir grâce à un arrière-goût old-school assez prononcé. Ainsi, des morceaux de choix comme "Burning Again" réjouissent le palais en retenant les meilleures charges de cavalerie de
Bolt Thrower et en rappelant certains moments de bravoure thrash de
Slayer.
Comment ne pas se réjouir non plus de l’influence digérée mais omniprésente de l’Ange Morbide (toujours !) sur les compositions du combo tchèque ("Mesmerized", "Intraoseal Fibrom")?
A la fin de la demi-heure que dure
Halfway To Hell, il faut se rendre à la cruelle évidence : Hypnos ne s’est pas arrêté à mi-chemin des Enfers, mais à mi-chemin de la réussite métallique. Trop souvent, les ex-Krabathor donnent l’impression de prendre le train en marche sans s’être auparavant renseigné sur sa destination.
Peut-être ont-ils oublié que
Charon n’était pas un chef de gare ?
Quoi qu’il en soit, si Hypnos avait mis son savoir et son expérience au service d’un propos plus cohérent, nul doute qu’ils ne se seraient pas arrêtés en si bon chemin et qu’ils auraient fait goûter à Hadès et à Perséphone leur metal plein de pourritures nobles.