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Chronique de A day of nights

Battle Of Mice  - A day of nights (Album)

 9 
10

Question d'échelle



De multiples arguments peuvent être avancés pour expliquer à quel point A Day of Nights de Battle of Mice est un album culte. Le line-up est à lui seul exceptionnel et peut se résumer en évoquant seulement Julie Christmas, gueuleuse des Made out of Babies et Josh Graham, ex-Red Sparowes, leader de A Storm of Light et maître visuel de Neurosis. Que du beau monde donc, avec ces deux fortes têtes musicalement importantes dans le Metal mais aussi à l’origine de toutes les histoires entourant le groupe qui, comme un vieux disque de Black Metal, l’auréole d’une aura singulière, qui rend l’écoute de ce premier et seul album du groupe intense et tout bonnement indispensable.

Seul album oui, après un misérable split ; Battle of Mice n’a existé que briévement, il sortira un autre split avec Jesu et se dissoudra, la faute à ses leaders, complétements désaxés. On retient A Day of Nights dans le monde du Post-Hardcore, car il est d’essence Neurosienne, certainement, mais aussi parce qu’il incarne un esprit presque « Rock » au sens de bordel entourant sa conception, que l’on ne retrouve que chez des personnalités comme Amy Winehouse de nos jours. Pour la petite histoire, essentielle pour aborder l’album, Julie Christmas et Josh Graham ont fondé Battle of Mice en se rencontrant sur une tournée où leurs groupes respectifs se produisaient. Dès les premiers échanges, le couple de musiciens s’est plu et entendu concernant la musique et les idées mais détesté sur tout le reste. Ne pouvant se voir sans s’engueler, Christmas et Graham ont tout de même composé cet essai avec le reste du groupe dans une ambiance des plus exécrables. A peine cinq morceaux enregistrés, les deux comparses ne pouvaient en effet rester dans la même pièce sans se taper dessus – et violemment s’il vous plait – et hurler comme des dégénérés. Le résultat de cette haine – teinté d’amour, les deux ayant d’après les rumeurs eu une histoire – se ressent dans A Day of Nights, bâtit sur une musique composée par Graham et porté par les textes pleins de subtilités de Christmas. Les deux jouant des rôles majeurs, l’album final ne pouvait être qu’un brûlot axé autour de la haine de chacun. Ceci explique cela, pourra t’on dire à l’écoute de la bête.

Car A Day of Nights est habité, et ce même sans que l’on sache l’histoire qui l’entoure. Objectivement, il est un de ces rares essais où chaque titre a été vécu et pensé et comporte une âme, un brin de cette haine viscérale portée par les deux leaders. Musicalement Post-Hardcore, il est très proche de Neurosis pour ses penchants Doom et ses atmosphéres sombres. Un titre comme « The Lamb and the Labrador » par exemple, démarre comme un faux morceau énergique et entrainant, plombé qu’il est alors par un tempo des plus lents. L’album est fait de ces illusions lumineuses dans la rythmique. On croit que tel titre va partir dans une montée mélodique Post-Rock des plus convenues alors que la mélodie s’écrase pour mieux laisser place au souffle dévastateur des guitares enragées made in Graham, soutenues par une Julie Christmas qui réalise ici la meilleure performance de sa carrière, au bas mot. « Bones in the water » est l’argument majeur de cette affirmation : le riff, constant du début à la fin, et véritablement pachydermique, n’est là que pour habiller le corps brûlant de la chanteuse, dont la rage explose, dans des cris que peu de femmes peuvent se targuer de sortir. Ce qui est étrange dans ce A Day of Nights, c’est la capacité qu’ont pu avoir les deux musiciens à oublier qu’ils étaient agressés via ces titres dans leurs parties respectives et à continuer à participer au tout. Exemple avec « Bones in the water » toujours, où Julie Christmas dit avec une voix glaçante en introduction : « Every time I think I push you down the stairs, I lick my lips ; But don’t be upset, it’s the only way I know how to show you that I really care » sur une mélodie crée par Graham pour renforcer le ton psychopathe de sa détestée partenaire. Comment ne pas voir là le jeu de Christmas, qui écrit ses textes en les adressant à l’objet de sa haine? C’est certainement l’aspect le plus frappant qui rend l’écoute de l’album si étrange et donne aux titres un côté malsain exceptionnel.

Dans cette phrase pourtant se voit le mélange d’amour et de haine propre à leur relation (« I really care ») et qui résume très bien la musique de Battle of Mice, faite de douces mélodies mélancoliques et de passages plus plombants. « Sleep and dream » est ainsi une alternance de fausses accalmies où du piano se glisse sur les chuchottements possédés de la chanteuse et d’envolées plus lourdes où toute sa hargne peut exploser. Les chœurs basés sur la voix de Christmas rappelent une comptine ici, et ne sont encore qu’un autre artifice de gentillesse utilisé par celle-ci pour leurrer l’auditeur sur les objectifs de ses textes. Les quelques douceurs exquises composées par Graham ne manquent toutefois pas de portée tant elles nous permettent légérement de respirer dans ces ténèbres émotionnelles intenses (« Salt Bridge » et « Wrapped in plain » où le piano se mêle avec beauté à la guitare). Mais l’ambiance intrinsèque de l’opus n’est pas porté sur le positif, vous en conviendrez vite. L’ambiance y est plombante, Doom, chargée émotionnelement, et Christmas développe un sens du chant qui donne à A Day of Nights une particularité dans le monde du Post-Hardcore, plus volontiers axé sur la guelante pure et dure, sans véritable mélodie. Avec la jeune femme charismatique, les morceaux deviennent des performances vocales, des chansons à texte propices à toutes sortes d’expérimentations en adéquation avec cette haine textuelle. Les sons et les atmosphères utilisés par Graham suivent en effet la courbe progressive instaurée par Christmas – ou inversemment ? – passant du delay profond (« Cave of spleen ») à de la wammy pervertie en électronique surréaliste (« The Lamb and the lambrador ») en passant par des samples discrets. La production est de toute manière parfaite, puissante et claire tout en étant subtile sur les digressions sonores du sieur.

A Day of Nights est le témoignage de Battle of Mice à ne pas rater. Seul essai du groupe, il est de plus un album qui fait date au sein de la scéne. Certains lui reprocheront une affiliation avec Neurosis assez prononcée, ce qui est véridique mais pas au point de détacher Battle of Mice de son âme. Leur style est unique en cela qu’il s’est crée sur des bases humaines complexes, qui a amené à ces titres tous aussi possédés les uns que les autres. Pour vous montrer encore une fois à quel point A Day of Nights est un album malsain, écoutez « At the base of the Giant’s throat » où, à partir de 7 :00 minutes, on peut entendre derrière le sample les cris de Julie Christmas et d’un homme qui était en fait un de ses ex venu la frapper en plein studio sous le regard de Graham qui n’a pas manqué d’enregistrer l’horreur pour la placer sur l’album. A Day of Nights porte bien son nom, la tension y est dingue, et l’on sent derrière ce déferlement musical et vocal cette haine indéfectible des deux fortes têtes de la formation qui n’a pas pu résister à leur heurts et est depuis restée légendaire. Immanquable.



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Avis des chroniqueurs :    
 9 
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Prométhée
 9 
10
Imperatoris
 



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Commentaires


Excellente chro !
Le Post-Hardcore n'est pas vraiment mon style de prédilection, mais la première fois que j'ai entendu cet album, j'ai carrément halluciné.
Une tuerie qui donne l'impression de se prendre un mur en pleine gueule.
A posséder !

mer. 19 janv. 11- 00:24  
Merci beaucoup Imperatoris. Si tu as aimé ce groupe tu devrais pourtant aimer une large branche du Post-Hardcore "moderne" dont Breach, Made out of babies et je te conseille plus récemment I Pilot Daemon ou Birds in row ;)
jeu. 20 janv. 11- 18:43  
Made out of Babies je connais, et c'est franchement sympa, par contre, faudra que je jette une oreille sur les autres.
Merci du tuyau ! :)

jeu. 20 janv. 11- 20:12  


A day of nights - Infos

Voir la discographie de Battle Of Mice
Infos de A day of nights
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Sortie : 23 octobre 2006
Genre : Post-Hardcore
Label : Neurot Recordings
Playlist :
1. The Lamb And The Labrador (06:56)
2. Bones In The Water (05:21)
3. Sleep And Dream (05:58)
4. Salt Bridge (05:49)
5. Wrapped In Plain (05:32)
6. At The Base Of The Giant's Throat (09:10)
7. Cave Of Spleen (07:16)
écouter : Ecouter l'album



Battle Of Mice

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