Comment s’attaquer à un tel monument sans immédiatement tomber dans l’expression d’une adulation contemplative opportune ? Comment se défaire de la dimension la plus culte de ces dix morceaux visionnaires, dont la puissance glaciale, dont la froideur malsaine, dont la haine palpable écrivit à l’époque, et pour toujours, les versets fondamentaux d’une sombre vénération nouvelle ? Comment nier que cette œuvre, troisième tomes de l’encyclique suédois ; en véritable aboutissement, constitue le socle d’un ténébreux édifice dont chaque œuvre est, aujourd’hui encore, un peu le légataire ? L’objet de cette foi obscure ne peut tout simplement pas se délier de cette toile tentaculaire contextuelle, qu’il a, lui-même, contribué à tisser. Il ne peut pas, non plus, être envisagé dans la dénégation de ces qualités incontestables. Il lui est impossible, aussi, de ne pas consacrer le talent immense et prophétique de son mage noir créateur, Quorthon.
En se délestant de cette subjectivité méditative, afin de pouvoir tenter l’impensable analyse de ce cantique torturé sur un plan, simplement artistique et musicale, il serait alors intéressant d’évoquer quelques points cruciaux. Nous parlerions alors de cette production offrant au son de cette œuvre un grain particulièrement primitif et cru, mais particulièrement précis cependant. Nous exprimerions aussi l’évolution de ces riffs qui définirent les fondements d'une scène naissante, en passant de ces influences, parfois, Thrash punk des précédents méfaits du groupe à un résultat plus froid, plus essentiel, plus simple. Nous raconterions encore ces troubles délicieux et tourmentés nés de ces chants aigus gutturaux entêtant. Nous dirions aussi à quel point le génie mystique de Quorthon illumine cette œuvre enfantant l’ensemble de la scène Black Metal, et de toutes ces évolutions, aux sons de ces dix litanies extraordinaires; aux sons de ces versets parfois rageurs et destructeurs, violents et haineux (Massacre, l’excellent Equimanthorn, Chariots Of Fire, Of Doom) et parfois aux sons d'autres plus posés et malsains, plus pesants et impurs (Call From The
Grave, Enter The Eternal Fire,
13 Candles). Nous dirions enfin que toutes ces richesses décrites, toute ces nuances, offrent à ce
Under The Sign Of The Black Mark, une atmosphère singulière et saisissante particulièrement délectable. Si nous pouvions évoquer objectivement ce disque, c’est exactement ce que nous dirions. Malheureusement c’est impossible. Contentons nous, alors, de reconnaitre le caractère tout à fait exceptionnel et indispensable de ces morceaux.
Cessons d’esquisser les prémisses d’une dissertation philosophique afin de débattre de l’excellence d’une œuvre dont beaucoup s’accorde à dire que, de toute façon, elle l’est. Comblons, simplement, pleinement nos sens, aux gouts des plaisirs admirables et sulfureux de ce divin nectar portés à nos lèvres.