Si le terme "Progressif", a hélas maintes fois fait l’objet de divers galvaudages dans la scène Metal, et a été brandi un peu trop facilement par beaucoup comme l’étendard d’une forme de singularité élitiste, il est tout de même rassurant de constater qu’en l’espace d’un seul album, certains parviennent à redonner tout son sens à cette appellation fourre-tout, sous couvert de laquelle il est finalement aisé de se permettre nombre de fantaisies sonores plus ou moins douteuses.
Les membres d’
Averse font incontestablement partie de ceux-là, ce quintette lillois pouvant en effet se targuer de proposer une musique on ne peut plus représentative de cette dénomination. Formé en 2006 et auteur d’une démo et d’un maxi paru en 2007, cette intrigante formation a manifestement choisi de s’exprimer par le biais d’un Metal éminemment subtil et ultra fouillé, agrémentant à l'abondante complexité de son influence majeure qu’est le Rock Progressif, une pincée parcimonieuse mais relativement équilibrée d’un Black Metal houleux aux constructions élégantes et raffinées, proches du travail accompli sur le mythique
Prometheus : The Discipline Of Fire & Demise du défunt Empereur. On ne pourra également s’empêcher de penser à
Opeth et aux incandescents
Still Life et
Blackwater Park, par cette façon très singulière d’élaborer des climats langoureux et contemplatifs.
Puisant la grande majorité de leur inspiration dans l’inventaire des seventies, c’est incontestablement pour cette décennie s’étant révélée décisive pour la musique moderne que bat le cœur de ces jeunes musiciens.
Laissant s’exprimer l’enthousiasme d’un amour immodéré pour les longues mélopées instrumentales, dont les réminiscences stylistiques plus qu’affirmées de groupes tels que Camel, et surtout King Crimson sont les reines du bal,
Averse parvient, par-delà l’opacité d’une œuvre extrêmement ardue à apprivoiser, à tisser un manifeste de délicatesse et de colère rentrée des plus poignants. En effet, même si
The Endesque Chants perturbe et va même jusqu’à rebuter dans un premier temps, il parvient pourtant à nous prendre par la main au fur et à mesure que l’on pénètre ses méandres ô combien sinueux, puis à s'immiscer lentement jusqu'à nous paraître étonnamment familier.
Le ton est donné dès le gargantuesque
Translating Your Name Into Numbers, longue pièce absolument immersive, dont les vingt minutes ouvrent les portes d’un univers labyrinthique parsemé d’accords planants et intimistes, de sonorités folk luxuriantes, d’intonations vintage et de lignes de violons épurées emplies de quiétude, qui se fracassent de temps à autres sur les remparts dressés par des guitares âpres et tempétueuses, se couchant à leur tour sur un feuillage d’arpèges délicatement mélancoliques. De ces sinuosités baroques, jaillissent parfois des modulations délirantes, les instruments se livrant furtivement à une fusion de consonances insolites, évoquant une étrange sarabande au registre atonal, mêlant l’hystérie des blast beats à un orgue hammond délirant, copulant avec les brèves dissonances auxquelles s’adonnent guitares et violons épileptiques. Enrobé d’un chant schizophrène évoquant le feu et la glace, tantôt hurlé et véhément, tantôt voluptueux, le tout suscite une incroyable mosaïque de sentiments.
Parmi ce dédale aussi évocateur que poétique, soulignons la présence des très beaux
I'm Not Scared Of Music Anymore, et
Breathing Eyelids, titres semi-acoustiques d’une grande force émotionnelle, enveloppant l’esprit d’un voile de nostalgie et de mystère.
Même si l’ensemble, peut par moments sembler un brin confus et manquer de cohérence, il ne faut avant tout pas perdre de vue que l’agencement d’un tel foisonnement d’idées est loin de s’avérer évident, et que la maturité et la maîtrise exposées ici sont déjà proprement hallucinantes pour un premier essai. Si l’on peut cependant pointer du doigt un élément rédhibitoire et réellement perfectible, c’est incontestablement le manque de reliefs de la production frêle et sans ampleur, dont souffre hélas cet opus. Bien que celle-ci sonne de manière indéniablement naturelle et organique, elle se révèle effectivement bien trop chétive, manquant cruellement de puissance et de saveur, et ne rendant que très peu justice à des compositions nécessitant un traitement sonore immensément plus ample et chaleureux.
Averse livre malgré tout avec ce surprenant
The Endesque Chants, un disque particulièrement ambitieux et annonciateur de grandes choses. Même si tout n’est pas encore parfait et qu’il reste notamment à pleinement digérer certaines influences, ainsi qu’à travailler sur la cohésion et surtout sur la profondeur sonore, un tel résultat pour un premier album laisse tout de même pantois.
On ne peut donc que brûler d’impatience à l’idée de retrouver le groupe au plus vite, qui, s’il persévère dans le perfectionnement de cette expression, aura tôt fait d’apposer son nom sur une scène extrême, qui décidément, n’en finit plus de nous éblouir.