On pouvait reprocher à Elect the Dead, précédent effort solo d’un
Serj Tankian connu pour être le chanteur charismatique du non moins charismatique
System Of A Down, quelques imperfections coupables suffisantes à en faire une œuvre quelques peu controversée. Quoiqu’il en soit malgré les quelques défauts dont, semble-t-il, certains voulaient l’affubler, le soin apporté au travail mélodique de ce manifeste ne pouvait, selon votre humble serviteur, laisser totalement indifférent.
Il aura fallu attendre trois longues années, pas complètement silencieuses puisque parsemé tout de même d’un EP et d’un album live symphonique sobrement intitulé Elect the Dead Symphony, avant qu’enfin Serj ne vienne écrire un nouveau chapitre de son histoire créative. C’est donc en 2010 que sort cet Imperfected Harmonies, nouvel effort de Tankian.
Il convient de dire, tout d’abord, que ceux qui autrefois déplorèrent le manque de riff de guitare, d’âpreté et d’énergie propre au ‘‘Metal’’, dans son acception la plus large, d’un Elect the Dead bien trop amorphe, ne seront ici guère plus enthousiasmé par ce Imperfected Harmonies qui, quant à lui, en contient encore bien moins.
Et cette imperfection, cruelle constat, devient dès à présent, malheureusement, au mieux embarrassante, au pire insupportable. Si elle le devient, c’est aussi, et principalement, parce que le travail mélodique, autrefois remarquable, est ici bien imparfait. En effet loin de ces titres d’antan qui firent de nous des adeptes inconditionnelles du travail d’écriture et de composition du grand Serj, presque tout ici exhale une musicalité ennuyeuse à la lisibilité pesante, à la volonté molle accablante. Pire encore, là où naguère les morceaux de Serj respiraient d’une vivante énergie organique, ils ne sont plus, désormais, que de sombres objets morts. Le sentiment qui nous étreint demeure intense :
Serj Tankian à manifestement converti l’aspect charnel de sa musique au profit d’un autre plus implacable et mécanique. Cette aspect machinal étant notamment souligné par tous ces éléments, gimmicks et loops électro (Borders Are, Deserving ?, Reconstructive Deconstruction, ou encore, par exemple, Electron). Le froid qui en résulte est mordant, amer et, de cet engin destructeur, seule l’éthérée douceur d’un Beatus et d’un Wings of Summer calme et tranquille semble s’extraire avec bonheur.
Au-delà de ce sinistre, d’autres titres viennent encore, subrepticement, nous rappeler quelques parfums plus appréciables distillés jadis par Serj. Du moins viennent-ils tenter de rehausser un ensemble, ici, bien pâle car il apparait évident que jamais aucun des morceaux de ce Imperfected Harmonies ne pourrait atteindre l’excellence de ceux proposés par un captivant Elect the Dead. Et s’ils s’imposent ici, c’est sans aucun doute aussi parce qu’ils sont comparés, en une analogie flatteuse, à la faiblesse de ceux qui les entourent en cet album (Disowned Inc, Gate 21, ou encore, par exemple,
Yes, I’ts Genocide).
A dire vrai Left of Center est la seule piste qui mérite quelques éloges pleinement fondées.
Egarées en des chemins dénaturant totalement les propos de son précédent effort,
Serj Tankian nous propose donc ici un album manquant singulièrement de vie. Perdue dans la tourmente d’une expression poussive, l’artiste demeure incapable d’insuffler un quelconque intérêt à une œuvre dispensable. Et les qualités qui firent tout le mérite de son travail d’autrefois, semblent s’être étiolées sous l’effet du souffle moqueur d’une mauvaise inspiration.