Le statut de groupe légendaire peut parfois être une véritable plaie, et à chaque nouvelle sortie, il faut savoir composer entre ses envies personnelles et les attentes des fans.
Du fait, il n’est pas rare que certaines formations perdent du jour au lendemain toute crédibilité aux yeux de leurs auditeurs à la suite d’un choix artistique malheureux. L’exemple le plus évident sera bien sûr
Metallica et son «
Black Album», que la grande majorité des fans de la première heure ont bêtement rejeté sans même avoir pris le temps de s’en imprégner (parce que oui, si on prend cet album pour ce qu’il est, et pas comme la suite du quadriptyque
Thrashisant des
Four Horsemen, il est vraiment bon), avant de dire que le groupe était mort.
Bref, dans le monde impitoyable de la musique, il ne fait pas bon être connu et apprécié...
Dissection est une formation célèbre dans le monde entier pour avoir sorti deux albums majeurs des années 1990. Tout d’abord «
The Somberlain» (1993), qui posait les bases sonores du groupe, et «
Storm Of The Light’s Bane»(1995), qui demeure une référence intemporelle dans le domaine du
Metal Noir. Malheureusement,
Dissection allait peu de temps après tomber dans un profond sommeil, suite à l’incarcération de son maître à penser
Jon Nödtveidt, pour complicité de meurtre...
Au terme de sept longues années passées derrière les barreaux,
Jon était relâché à l’automne 2004 et décidait quasiment aussitôt de reformer le groupe, en s’adjoignant les services du guitariste
Sethlans Teitan et du batteur
Tomas Asklund. Quelques temps plus tard sortait l’EP «
Maha Kali», composé de seulement de deux titres (dont un réenregistrement de «
Unhallowed», tiré de l’album précédent), mais qui laissait toutefois entrevoir un changement dans la musique du combo. Moins brutal, plus massif et plus cassant, ce disque n’était qu’un avant goût de ce qu’allait proposer
Dissection avec la sortie de son 3ème, et hélas dernier album nommé «
Reinkaos» (2006) avant que
Jon Nödtveidt ne mette fin à ses jours à l’âge de 31 ans…
Plus de dix ans après «
Storm Of The Light’s Bane», que nous propose la formation Suédoise ?
Comme l’introduction de cette chronique le laissait penser, ainsi que les quelques termes employés pour définir «
Maha Kali»,
Dissection a énormément changé. Fini le
Black Mélodique des débuts, dont la seule réminiscence est la voix écorchée de
Jon, et place à un
Death Metal Mélodique aux accents
Blackisants. Aucune crainte à avoir cela dit, il ne s’agit en aucun cas d’un sous-
Mélodeath à la sauce
Göteborg ou d’un ersatz de
Soilwork et d'
In Flames…
Son de guitare rêche, syncopes entraînantes, solos et mélodies à tous les étages, ce nouveau visage va plutôt bien au groupe qui gagne pas mal en efficacité, notamment grâce à un côté très catchy, presque
Rock n’Roll, donnant irrémédiablement envie de taper du pied.
Du côté des thèmes abordés, un rapide coup d’œil sur les textes, pour lesquels
Jon joue la carte de l’occultisme et de l’ésotérisme en invoquant ça et là les noms de divinités («
Maha Kali», «
Xeper-I-Set») et de monstres («
Black Dragon») tous plus malfaisants et dégueulasses les uns que les autres, nous permet de dire que
Dissection n’a rien perdu de son aura obscure et diabolique.
Pour autant, tout ne se vaut pas sur cet album, et on trouve au milieu des excellents «
Starless Aeon» et «
Dark Mother Divine» des titres carrément plus dispensables comme «
Chaosophia», interlude instrumental un brin ennuyeux, qui est très loin d’avoir le charme d’un «
Feathers Fell» par exemple, ou encore l’éponyme «
Reinkaos» (instrumental également), bien composé mais franchement pas palpitant…
On pourra aussi tiquer sur la production de cet opus, un poil sèche, et manquant parfois de consistance. Ces petites erreurs ne nuisent cependant que modérément à la qualité de l’ensemble, à plus forte raison si l’on prend en compte les longues années de prisons derrière
Jon.
Enfin, je me fais un peu l'avocat du diable mais voilà. «
Reinkaos» doit être pris pour ce qu’il est : la renaissance du grand
Dissection sous d’autres auspices, et non pas la suite logique de l’œuvre entamée une décennie plus tôt. Les puristes ont rejeté cet album en bloc dès sa sortie, et c’est à mon sens une erreur, car c’est un disque certes quelque peu inégal, mais farci de bonnes idées, et on y retrouve bon nombre des éléments qui faisaient le charme des premiers essais du groupe, sous des atours qui auront permis à
Dissection de se trouver un nouveau public, à l’heure ou l’ancien frôlait probablement déjà la trentaine…
A écouter, ne serait-ce que pour sa propre culture, et pour l’impact qu’à pu avoir le groupe sur la scène
Metal.
R.I.P.