Pour
Cradle Of Filth, il y a clairement un avant et un après. Avant et après quoi ? Midian, le dernier album à faire l'unanimité chez les fans ou presque, un disque charnière dans leur discographie avant que les incessants changements de line-up et une volonté de changer le son ne créés un fossé entre le groupe et son public. Ponctué de hauts et de bas, sans être catastrophiques (Thornography étant souvent considéré comme complètement raté à cause de son orientation particulière, plus abordable et à l'image d'un St Anger de
Metallica, complètement anti-commercial vu l'identité forte des deux formations, qui avançaient ici à contre-courant.).
Cradle Of Filth semble avoir été relégué comme groupe de seconde zone. Si la presse lui accorde toujours une double page au minimum, les fans, eux, se sentent moins concernés par les albums et Godspeed Of The Devil Thunder n'est pas forcément la pièce idéale pour retrouver une partie de son auditoire ayant déserté les rangs depuis un moment, car manquant de relief et de profondeur. La bande à
Dani Filth revient fin 2010 avec ce Darkly, Darkly, Venus Aversa qui se veut une nouvelle progression, une envie de retrouver, ou au moins toucher, la gloire passée. La jaquette évoque un retour aux sources éloquent, même si la qualité graphique n'est plus la même. Et encore une fois, on se retrouve avec un thème central à l'ensemble. Cette fois-ci, il concerne Lilith, chassée de l'Eden pour avoir refusé d'avoir des rapports sexuels avec Adam (comme quoi, la déconsidération de la femme ne date pas que de hier. A ce niveau, c'est avant hier) et on la suit à travers le temps, passant par les Templiers et l'époque Victorienne, le tout teinté de
macabre, d'horreur, d'occulte et bien sûr, d'érotisme.
Ce qui frappe d'entrée de jeu, c'est cette absence d'introduction, elle qui est une constante depuis les débuts de la formation anglaise. Très vite, on se retrouve confronté à une brutalité peut coutumière, avec des riffs aux relents thrash. A l'instar de Thornography, le côté symphonique est moins présent, moins immédiat. En revanche, tout est plus rapide, plus syncopé. Le chant de Dani se veut hargneux, différent de celui qu'on lui connaissait sur des oeuvres comme Cruelty And The Beast ou Nymphetamine. On retrouve bien sûr des choeurs soignés, les interventions féminines de bon aloi... Mais
Sarah Jezebel Deva ayant décidé de voler de ses propres ailes, c'est
Lucy Atkins qui se charge de vocaux, qui demeurent assez rares.
Ici, Cradle joue sur l'effet de surprise avec un album plus extrême, moins alambiqué et le résultat est plutôt satisfaisant, même si l'on se retrouve avec des morceaux déstabilisants, voire dérangeant de par leur sonorité. Ainsi,
Lilith Immaculate et
Forgive Me Father (I Have Sinned) se démarquent par leur côté plus accessible, où Dani emploie une voix plus claire, et surtout où la musique se rapproche grandement du metal symphonique de base, style
Nightwish époque Once, avec des lignes de guitare très lisses et un aspect moins inquiétant, paradoxal au milieu du reste. Deux mauvaises pioches pour Cradle qui se rapproche de l'easy listening et à moins d'en faire le fond de commerce d'un nouvel album, on peut espérer que ce ne sont là que deux mauvais choix au milieu d'autres compositions plus rentre-dedans et plus jouissives, où le clavier s'incruste de façon intéressante, sans chercher à être l'élément moteur.
Les fans de la première heure risquent encore de se trouver confronter à leur incompréhension. Cradle ne cherche pas à proposer deux fois le même album et s'échine à ce que chacun ait sa propre personnalité. Celle de celui-ci est violente, à l'échelle de ce qu'a fait le groupe par le passé. Encore une raison de les critiquer, encore une raison de retrouver une formation facilement honnie par les amateurs du genre.
Cradle Of Filth se renouvelle une fois encore, avec plus ou moins de réussite et demeure leur album le plus intéressant depuis Nymphetamine, quatre ans plus tôt. Reste à savoir s'il trouvera son public.